Coup d'état

Adieu… Liberté d’expression !

« Rien ne va plus… » Mais ne le dites pas, c’est plutôt mal vu… Et si l’actualité tragique a encore frappé à Nice il y a quelques jours, il semblerait que les jeunes générations aient décidé de se retrancher derrière la « parole sainte », trop bien pensante et hypocrite à souhait. Chronique d’un monde qui va mal mais qui appris à se taire pour ne pas déplaire.

Je me souviens de ce qu’était la télévision dans les années 80-90… Pas que j’étais déjà en âge de comprendre ce qui se déroulait à l’époque, ou les enjeux que cela pouvait représenter. Mais plutôt parce-que je ‘lai étudié par la suite, scruter, analysé, décortiqué… Disciplinant, petit à petit, mon sens de l’analyse et de la critique. A l’époque, la télévision était tout autre chose que ce qu’elle est aujourd’hui… Plus humaine, moins aseptisée, moins hypocrite et sans doute moins manipulée aussi. C’était l’heure des Gainsbourg qui insultait de « pute » Catherine Ringer, des Rita Mitsuko en live, la cigarette au bec, sur la chaine publique. C’était aussi l’heure où Balavoine décidait de pousser son coup de gueule en face d’un François Mitterand, n’hésitant pas à sortir des sentiers battus : « J’ai juste le temps de me mettre en colère, c’est le système de l’information française qui est fait comme ça, j’aurais le temps une minute de m’énerver et de paraitre pour un petit merdeux et un petit jeune qui fou la pagaille partout… » ou d’un Coluche qui, dans un tout autre registre singeait les plus grand à grands coup de « Je suis le candidat des revendications des abstentionnistes » et ainsi « renvoyant le compliment aux hommes politiques ». Qu’on les ai aimé ou pas, qu’on ai adhéré à leur humour, leur talent, leur charisme ou pas, ces personnages là incarnaient à l’époque les idéologies d’une jeunesse en mal de vivre, désireuse de prendre la parole pour se faire entendre, quitte à devoir faire beaucoup de bruit et à heurter l’opinion publique.

Depuis, l’eau à coulé sous les ponts… Et en plus de 30 ans de chemin, on pourrait croire que cette jeunesse obsolescente aurait donné le ton à nos jeunes générations qui, armé de la technologie, devrait aujourd’hui gouverner le monde. Et pourtant… En 2020, la femme qui avait milité pour ses droits et l’égalité des sexe peut, semble-t-il, retourner s’habiller. Aujourd’hui, la mini-pue d’hier est assimilée à un comportement d’allumeuse, de salope, de trainée, provocant tout ce qui semble avoir une queue entre les jambes (n’ayant bien souvent pas ce qui va avec malheureusement). En 2020 l’information est millimétrée… A défaut de n’être que millimétrique. On prépare, anticipe… On censure, on encadre et on diffuse sans le dire avec quelques secondes de décalage, prétextant un problème technique bien utile à évoquer lorsqu’il s’agit de taire ce qu’il ne faudrait pas entendre. Pire, on manipule, interprétant les chiffres, politisant la parole à travers des médias engagés dans la course et dans les comptes en banque. Enfin, on apprend à continuer à rire, mais à « rire jaune » et surtout pas « noir »… Et si hier on nous apprenait qu’on peut rire de tout, mais pas avec tout le monde, il semblerait aujourd’hui plus qu’évident que le rire soit aussi conditionné à n’exister que dans le politiquement correcte. La critique satirique étant quelque chose de devenu rare, relayé au second rang, si ce n’est plus, comme un cancre placé au fond de la classe pour ne pas perturber les bons élèves du premier rang.

Jusque là, rien de très!s nouveau… Le phénomène s’est imposé avec l’aseptisation de l’info, petit à petit, sur nos petits ou grands écran au fil des années. Par contre, une ait qui semble beaucoup plus inquiétant et qu’on souligne peu repose dans l’ombre d’une jeunesse qui emprunterait un chemin beaucoup moins rebel qu’à l’époque, mais sans doute beaucoup plus dangereux aussi. Car aujourd’hui, les jeunes générations semblent déserter la télévision, si ce n’est l’exile vagabond de l’anti-réalité Netflix, permettant de s’évader dans des mondes parallèles tous plus irréels les uns que les autres (à un tel point que même les documentaires semblent avoir perdu le pied de la réalité). Le portable greffé à la main gauche, la droite banalisant l’idée de la sexualité sur TikTok, Snapchat et le monde irréel d’Instagram, l’avenir de notre société est hyper-connectée à un monde d’une ultra-violence fracassante. Là où les jeunes générations rebelles de l’époque n’hésitait pas à rejoindre l’idée de la marginalité, celles-ci semblent devoir tout faire pour plaire, recueillant les like et les follow dans la foulée. Avoir plein de like, 500.000 amis, des requests, des vues sur le bonheur… Car je Tweet donc je suis. On pourrait donc penser que l’hyper-connection prêterait le futur « grand » de demain, qui prendra des décisions et dirigera ce monde, à être hyper-sensibilisé à son avenir, à ses droits, ses libertés et le chemin qu’on leur aura tracé dans le temps. Sauf que non… Le constat en est tout autre, limite à s’en faire froid dans le dos, on peut voir aujourd’hui tout un tas de jeunes se réfugier derrières des avis d’un temps, plutôt ancien, ne tolérant pas (j’ai failli écrire « plus ») l’idée de la liberté. Derniers exemples en date, au sujet de la fameuse caricature d’Erdogan par le satirique Charlie Hebdo… Ici, pas besoin de descriptions, toute personne n’ayant pas découvert l’illustration en question avant attenta, l’aura découvert dans l’après horreur. Et à en lire certains commentaires, certains posts ou statuts, d’autres story, la caricature aurait « provoqué » ce qui ne serait finalement qu’un « juste retour aux choses ». Comprennez donc que le responsable de l’attentat ayant entrainé trois morts et plusieurs blessés il y a quelques jours n’est pas l’énergumène arrêtée par la Police, mais bien le magazine Charlie Hebdo. « La religion musulmane est quelque chose de magnifique, quand on ne connait pas sa culture, on ne se permet pas de l’attaquer » commentera une voix parmi tant d’autres ayant a peine atteint l’âge adulte sur Instagram. On ne pourrait donc plus s’attaquer aux religions… Ce serait devenu de mauvais gout ou de mauvais ton. A s’en demander si l’Éducation nationale aurait décidé de démissionner dans le cadre de ses fonction d’éducation… Car au risque d’en blesser ou décevoir certains, la liste des sujets à ne plus aborder lorsqu’il est question d’humour (et donc de critique, osons l’avouer) semble devenir tellement longue qu’on aurait basculer dans l’idée d’un humour plutôt plat : On ne peut plus faire de blague au sujet d’une nationalité ou d’une couleur de peau, cela faisant de nous quelqu’un de raciste. On oublie aussi les orientations sexuelles ou des genres, tout le monde ayant aujourd’hui le droit de se revendiquer éponge ascendant pied de table de chevet non binaire… Dans le même ordre d’idée, ne fustigez pas la femme, celle-ci s’étant vu pousser une paire de testicules plus grosses que celles des hommes, histoire de prendre le dessus sur le sexe qu’on ne sait plus trop s’il est fort ou se doit de devenir faible.

Il semblerait donc, pour plaire à nos jeunes générations, que vivre dans la peur soit donc devenu la norme dans laquelle se fondre. Peut de dire « non », peur de s’opposer, de s’élever, de ne pas être d’accord… La religion a décrété que, nous nous devons donc d’être de bons petit moutons, en attendant dans d’être ceux-là même qu’on tue à l’occasion de je ne sais plus quelle fête. Sauf que ces petites têtes blondes (aïe aïe aïe, propos racistes) semblent avoir « oublié » qu’en Europe, nos ancêtres vivants ou pas, se sont battus pour nos libertés… Dont celle de pouvoir ne pas être d’accord et ainsi remettre en question la « bonne parole » perchée par qui veut se faire entendre. La femme s’est battue pour l’égalité des sexe et le fait de pouvoir montrer ses seins (n’en déplaise à Instagram et Facebook) ou ses jambes. Les homosexuels sont sortis du placard a défaut de savoir y respirer. L’artiste a pris la parole histoire de montrer que le monde n’est pas habillé que de béton armé.Mais aujourd’hui, ces droits sont bousculé, bafoués au nom de religions voulant dominer le monde… Car qu’on ne vienne pas ici me parler de tout ce bla-bla bien pensant qui nous parle d’amour, de partage, de valeurs… Il n’y a pas plus grand responsable des guerres ancrées dans le temps et des morts qui vont avec, que les religions. On nous dit que la religion n’est qu’amour… Dans ce cas, pourquoi autant de guerres ? Pourquoi autant de morts ? L’amour c’est accepter le bonheur d l’autre, y compris si l’autre en question n’est pas d’accord avec nous. Sauf qu’ici l’amour se pratiquerait à l’instar d’une mante religieuse (tiens, un jeu de maux) ayant bien vite fait de décapiter son amant une fois l’acte consumé.

Mon avis sur Charlie hebdo est qu’en effet, tout cela va maintenant beaucoup trop loin… Ce média qui s’est fait connaitre pour sa liberté d’expression osant bousculer l’idée du sage politiquement correcte a finalement fait de son fond de commerce une attaque systématique, une lutte contre l’islam extrémiste. Mais doit-on rappeler ce qui a provoqué cela ? Car c’est plus de doigts qu’il ne faudra sur une main dont nous aurons besoin pour « justifier » la faute ici commise. Certes le magazine satirique est devenu sa propre caricature aujourd’hui… Cela nous ramenant à l’idée non de ce qu’on peut ou pas faire, mais du bon ou du mauvais gout. Se balader dans la rue alors qu’il fait 40 degrés dehors, sous une épaisse couverture noire ne laissant passer que les yeux (et encore) est-ce de mauvais gout ? Certains vous dirons que oui, d’autres vous diront que non, la finalité des choses reposant finalement dans la liberté de chacun de faire ses propres choix… car c’est une liberté ! De la même façon que l’humour noir, la satire sont aussi des moyens d’expressions qu’entre culture autorise. Faire une caricature d’une religion ou d’un de ses représentants n’est pas fait pour rire… Cela est fait pour soulever des questions, un débat, un désaccord. Le principe même de la liberté d’expression. On a tout à fait le droit par contre de ne pas aimer l’humour noir, bien souvent parce qu’on n’accepte pas (j’ai failli écrire « plus » une deuxième fois) parce qu’on n’a pas su le comprendre. C’est l’idée même du sens unique de cette société « faites ce que je dis pas ce que je fais ». Il nous faut ainsi accepter que chacun puisse agir de sa propre liberté, tant que le monde ne tourne qu’autour de cela, l’idée du désaccord étant définitivement bannie de tout logique.

Je conclurai par rappeler que la liberté d’expression, s’arrête lorsqu’il y a manque de respect et diffamation. Ceux-ci étant interdits par la loi et donc punissables… Non par la main de l’homme, mais par celle de la justice et des tribunaux habilités à le faire. Dans un monde moderne et civilisé, éduqué, on n’autorise pas tout un chacun à tuer pour faire entendre qu’on n’est pas d’accord. La liberté d’expression ne tue et n’a jamais tué, au contraire, elle a à son actif des vies parfois sauvées. Pas sûr que Charlie Hebdo ai continué un jour à sauver des vies (quoi que…), mais une chose est sûr, on ne peut pas lui reprocher d’en avoir enlevé. Par contre, on en parle des huit pays musulmans où l’homosexualité est punissable au mieux de peines d’emprisonnement, au pire de peine de mort ? Il semblerait donc parfois que l’hyper-confection, à défaut de se vouloir intelligente, mérite le coup d’être déconnectée ne fut-ce qu’un instant… Histoire par exemple de réapprendre à ouvrir un livre !

Et pour celles et ceux qui n’auraient toujours pas compris le concept de l’humour noir, ça se passe ici !

Scylla…
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Crédit photo : johannes KRUPINSK

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