Autre contrariété

Comme un mouton sous le lit caché…

Qu’on me donne un silence sans nom, je lui prêterai les vertus d’une insomnie… Mais dans l’idée de nos nuits blanches, les songes s’aventurent parfois au détour d’une sombre ruelle, où noyés dans l’ombre, ils guettent l’instant où nous fermerons les yeux, pour mieux nous bondir dessus. Songes oubliés, ou non, ils sont là, à l’état de sommeil, comme les moutons sous nos lits cachés, ils surgissent toujours quand on ne les y attend pas… Nos exs !

J’ai toujours eu tendance, une fois le livre terminé, à vite le ranger sans perdre de temps, histoire que le conte ne se réouvre, les méchants ayant toujours un ixième tour dans leur sac. Ces êtres qu’il vaudrait mieux oublier, usant des résurrections comme on use d’une bonne excuse pour aller dormir plus tard lorsqu’on est enfant, semblent avoir trouvé le secret de la vie éternelle. Mais justement parlons-en de ces méchants, même s’ils ne le sont pas tous, il ne faut pas cauchemarder ! Parce qu’on en a tous déjà fait l’expérience… Triste et malheureuse. On tourne la page, on ferme le livre pour réécrire une nouvelle histoire, une nouvelle vie. Celle-ci n’étant pas “tel un long fleuve tranquille“, il nous arrive parfois de chuter, de ne pas trouver l’écho… Dans le prolongement d’une chimère, on ne se voit pas toujours basculer dans le « mauvais rêve ». L’ennui oscille à l’envie… Ou serais-ce l’envie qui oscille à l’ennui ? L’histoire ne faisant de nous que ce que nous sommes, notre âme vagabonde et se trouve parois bien dévêtue… Un moment de faiblesse et les voilà de retour !

Perdus, dévêtus, désarmés… Nous voilà donc, bien tristes, face à ces souvenirs qui nous chantent une douce ôde mélancolique. Humains avant tout, il nous semble donc bien tentant de prêter un nouveau souffle, une nouvelle vie, une nouvelle page. Après tout, « tout le monde a le droit à l’erreur », l’histoire vielle comme le temps des « deuxièmes chances ». Avez-vous déjà brulé un livre ? Si tel était un jour le cas, il vous semblerait bien difficile, une fois les cendres envolées, de reconstituer l’histoire pour à nouveau la lire… Si beau le début puisse-t-il être. Et finalement tant mieux, car si les contes de fées de notre enfance nous racontent que les histoires finissent toujours bien, il est fort à croire que ces fables ont dû être écrites par l’ex de quelqu’un ! C’est un piège, un tourment caché pour nous faire tomber dans les griffes de ceux qui nous tendent une pomme, belle, bien rouge, brillante et empoisonnée… Mais ça, ils ne nous le diront pas !

Alors je sais qu’à l’instant où vous lisez ces maux (oui, le jeu est voulu), enfuis bien au chaud sous votre couette, mes mots doivent évoquer, à vos oreilles, un sursaut bien camouflé. Ils sont sans doute là, cachés, silencieux, sous le lit… Ils vous observent, attendant l’instant le plus opportun, pour bondir et vous surprendre dans la noirceur de vos nuits. N’oubliez pas que le hasard c’est quand Dieu veut rester anonyme… Mais Dieu n’existe plus. L’idée sera tentante, l’envie donnera la main à l’ennui et ensembles, ils vous conteront tous les mérites de celui ou celle qui, l’espace d’un instant, fût votre cher(e) et tendre. Je les ai déjà écoutés…Tôt ou tard, vous finissez par rouvrir les yeux et vous rendre compte que lire un livre pour la première fois peut être d’une richesse absolue. La deuxième lecture est souvent l’écho d’un mauvais remake et l’on sait que la plupart d’entre eux ne sont que de pâles copies devant lesquelles on a juste envie de s’endormir… Si un ex frappe à votre porte, un petit conseil, ne lui ouvrez pas. Vous avez déjà fermé la porte à clef derrière eux la dernière fois.

Scylla PIERCE

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