Coup de plume

Comment te dire…

Comment te dire?… De quels mots user pour parler de l’hiver, quand j’ai froid et peur? Que je ne suis sûr de nos lendemains et que sans un mot j’évoque l’idée que tout peut s’arrêter. J’ai ce chagrin en moi qui pleure nos étreintes langoureuses. Nos mains qui se touchent mais qui un jour seront séparées. Réalises-tu toi aussi que nos ébats sont parfois si fragiles, lorsque le temps nous oblige à succomber ? Je ne sais plus le début, mais j’envisage la fin… Ma voix qui se perd dans nos silences. J’aimerais tellement me perde et me noyer en toi, à tout jamais m’oublier et mourir dans tes bras. 

Comment te dire, mon amour que s’il y a eu l’hier, je ne sais plus si demain verra le jour… J’ai marché sur ces terres avides d’amour, où Dieu seul n’a jamais posé les pieds. J’ai pensé nos réveils meurtris comme des douleurs infernales et puissantes. Parce que dans l’amour il y a cette beauté qui nous torture, qui lie, consomme et me donne envie de crier. Mais voilà tout… les maux sont parfois plus bouillants que l’essence et que la mort. La neige tombe et recouvre toute la douleur pour la sublimer dans son existence. Je ne sais plus quels mots emprunter… Parce que ma propre empreinte à moi coule dans mon sang. J’écris à l’encre des veines, de ces larmes qui coulent sur mes joues. Je ne sais pas… je ne sais plus… C’est intuitif, sans vraiment réfléchir. Et ce long manteau que l’hiver dépose peu à peu sur nos vies, qui rappelle que le froid n’a jamais été aussi présent. Je m’éveille et j’ai peur de tout. Je tremble d’émoi parce que je n’ose plus envisager l’avenir. Je ne sais pas si je dis « tu » ou si je me tais. C’est la douceur qui a eu raison de nous… Mes yeux sont posés sur cet horizon qui n’est plus le mien. Un amour en noir et blanc, romantique et tyrannique.

La brume est tombée sur le chemin d’un souvenir, lorsque le train s’arrête. Sa silhouette se dessine peu à peu sans vraiment nous révéler qui nous sommes. Et je marche… Je marche dans ce froid et ce silence qui me tue tant qu’ils m’envisagent. Les sépultures nous dessinent un paysage étrange, presque rassurant. La mort s’invite… Assis là, je pense à tout et rien. Je ferme les yeux pour mieux sentir tes mains caresser mon corps. Si seulement nous pouvions à nouveau courir, sans plus penser à rien. Mais l’hiver est tombé et a eu raison de nos échines. Là, la tête ivre, je me dis que le passé est tellement beau. Que vivre est un regret qui ne s’envisage pas à deux. Aujourd’hui c’est le vent qui me souffle à l’oreille… Et j’oublie même la profondeur de ton regard. Assis dans ce silence, j’ose a peine prononcer les mots qui ne sont que la traduction de ma douleur. Vais-je rêver ou en mourir… Lorsque je passe la grille de ce jardin, je sais qu’il m’est interdit de me retourner. Que je dois y retourner pour ne plus jamais y revenir. J’aimerais tant envoyer au diable nos adieux, mais je sais que la mort est parfois cruelle.

Lorsque la nuit tombe, je vois la lune qui tombe. Je me balance au gré de mon ivresse, mettant un pas devant l’autre. Qui suis-je ? Je ne sais plus. J’ai l’impression d’avoir vomi un meurtre. Et j’avance, à contre- courant dans ce froid glacial que tu as laissé en moi. La neige tombe et je m’y endors. Dans le refrain j’ai perdu le sens de la vie, mais j’ai découvert le goût du vide. Quand tout est noir et qu’ils me couvrent de leurs coups, je me dis que mourir n’est finalement pas si mal. Les pieds et poings liés, sur mes lèvres ne se dessinent plus aucune envie. Qu’on me noie et qu’on me brûle sur un bûcher. Car sans toi pourquoi finalement devrais-je vivre? Dans la folie la raison a trouvé son réconfort. Mes mots sont incompréhensibles et l’on me pense fou. Mais l’histoire n’est qu’un sinistre recommencement, ce bruit de l’horloge qui ne s’arrête pas et qui à chaque seconde prend un malin plaisir à nous torturer de sa voix glaciale. Miséricorde…

Dans ce cimetière, j’ai trouvé le repos…

Scylla…
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Crédit photo : Caleb George

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