Coup de foudre

Echec et dame…

Généralement, lorsque j’entends trop parler d’un film ou d’une série autour de moi, ce n’est pas bon signe… Et dans ce cas, j’avoue que les tentatives de fuites se font multiples. Alors lorsqu’on a commencé à me casser les pieds avec la série « Le jeu de la dame » sur Netflix, j’ai évité de cliquer là où l’on attendait de moi que j’appuie le doigt. C’était sans compter sur l’idée du dimanche grisâtre et froid qu’on préfère passer affalé sur le canapé, sous une épaisse couette, plutôt que de remplir les cartons comme j’aurais dû empiler !

Ainsi donc, le scénario de cette série nous renverrai en pleine guerre froide. L’heure où s’affrontent le front de l’Ouest et celui de l’Est… Et dans toute cette atmosphère ultra patriarcale, nourrissant l’égo de l’homme de Cromagnon, la femme n’a pas trop son mot à dire. En fait, l’on attend surtout d’elle qu’elle tienne la maison à la façon Desperate Housewives, « Sois belle et tais-toi ! ». La série nous immerge donc dans un univers dirigé par l’homme, où la jeune actrice en vogue Anya Taylor-Joy interprète le rôle d’une joueuse talentueuse qui, enfant, se prend de passion pour les échecs. Et ce ne seront pas les effets qui manqueront pour tenter de nous propulser dans cette période-là : ambiance, décors, castumes à qui l’on a donné un soin tout particulier, nous amènent à voir évoluer l’enfant orpheline représentant à l’image tant l’espoir que l’émancipation, pour la femme d’aujourd’hui. Une héroïne qu’on verra évoluer et parfois basculer tant dans la lumière que dans l’abus des ombres.

On ne va pas se mentir, à ce jeu là, l’actrice argentino-américano-britannique, âgée seulement  de 24 ans, s’impose déjà comme une future grande. Après avoir joué des rôles dans des films comme « The Witch », « Glass », « Nouveaux mutants » ou le chef-d’œuvre « Split », la comédienne au joli CV s’adonne à une interprétation grave et magnétique. Une performance, surtout au plan émotionnel, qui arrive à nous toucher dès les premières minutes de jeu. Après avoir observé le début de l’histoire et une enfant devant survivre au drame, l’on observe l’ado tenter de se frayer un chemin tant bien que maladroitement, dans un univers qu’elle ne connaît pas, n’étant pas le sien. L’opération est plutôt bien ficelée, car très rapidement on s’attache au personnage et se prend d’affection pour la jeune fille un peu paumée, au fur et à mesure que défilent les épisodes.

Au-delà du côté attachant des personnages de la série, Il y a tout ce que peut représenter l’histoire… Voir une gamine sortie de nulle part, se frayer une place un peu sans le savoir, à gros coup de détermination, dans un monde dominé par l’homme ne passe pas inaperçu. Car en effet, on sait qu’à l’époque, le monde des échecs, au même titre que beaucoup trop d’autres sports ou disciplines restaient et restent réellement inaccessibles au sexe dit « faible ». Les pions du sexe qu’on nous dit donc « fort » vont donc voler sur l’échiquier, un à un, sous les doigts de la jeune Beth Armon, surdouée dérangeante des échecs. Une belle claque donnée aux vieux machistes et bien pensants, motivant la femme à pouvoir finalement devenir qui elle veut, au même titre que nous messieurs… Car dans ce monde-là, celui de la réalité, seule la détermination compte !

Anya Taylor-Joy n’est pas la seule à briller ! Comme souvent, le succès d’une série repose autant sur la trame que sur la dimension humaine donnée à ses personnages, y compris dans l’intrigue et la complexité des rôles secondaires. La force du Jeu de la dame repose donc aussi sur les nombreux personnages secondaires de la fiction. À commencer par Marielle Heller, qui incarne Alma Wheatley, mère adoptive de l’héroïne. Entre elles deux va naître un amour maternel inattendu, aussi touchant que compliqué. Beth et Alma sont des femmes fortes, libres et indépendantes qui décident elles-mêmes de leur destin. Viendront par la suite s’immiscer d’autres personnages dont un réel relief humain à l’intrigue : Thomas Brodie-Sangste (Game of Thrones), Harry Melling (Harry Potter) ou encore Isla Johnston (Beth enfant) dont le rôle se révélera déterminant et fantastiquement bien interprété dans le début de l’intrigue, histoire de donner un charisme de dingue à l’héroïne de la série.

A ma grande surprise donc, malgré une tentative plus ou moins avortée de fuite de ma part, j’aurai finalement très vite accroché à la mini-série de 7 épisodes et l’aurai littéralement dévorée en une journée… Plutôt rare, il faut l’avouer ! Une série à voir donc, tant l’intrigue nous prend dès son départ par les tripes et nous pousse à découvrir et suivre l’héroïne dans sa quête, son évolution, mais aussi ses déboires. Une série qu’on espère voir se développer en plusieurs saisons, si tant est que les suivantes se révèlent aussi percutantes que la première.

Scylla…

LIENS :

LE JEU DE LA DAME

Année : 2020

Durée : 60min

Nombre de saison : 1

Genre : Drame

Titre original : The Queen’s Gambit

De : Scott Frank, Allan Scott

Avec : Anya Taylor-Joy, Chloe Pirrie, Marielle Heller

Nationalité : U.S.A.

Chaîne d’origine : Netflix

Website : www.netflix.com/lu/title/80234304

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