Jusque là tout va...

Etre ou ne pas être mineur et tatoué… Telle est la question !

On nous en avait parlé, l’idée était posée et semblait tellement saugrenue dans son improbabilité que jamais on n’aurait pensé qu’elle deviendrait réalité… Et pourtant l’actu est là, le projet de loi autorisant, entre autres, l’autorisation sous accord parental, de tatouer les 16-18 ans vient d’être voté ! Improbabilité qui bouscule le monde du tatouage. Mais encore faudrait-il que le monde professionnel du tatouage ne rejette pas cette autorisation.

C’est en effet il y a quelques jours que les médias classiques ont annoncé la nouvelle, le projet de loi visant à autoriser le tatouage sur les mineurs de 16 à 18 ans, sous réserve d’accord parental venait d’être voté. Ce projet de loi, personnellement, cela faisait plusieurs mois que j’en entendais parler, sans jamais trop y croire tellement cela me semblait complètement improbable. Je me souviens encore de mes premières heures, mes premiers jours passés de l’autre coté de la barrière, lorsque j’ai commencé à travailler dans le monde du tatouage. C’était à Bruxelles, il y a quelques années, chez Hannya Tattoo… Son propriétaire, Psychopat (Pat pour les intimes), un artiste de l’ancienne école dirons-nous, est plutôt « à cheval » sur ce qui pourrait s’apparenter à une forme d’éthique du milieu. Parmi ces règles avec lesquelles on ne transige pas : « Pas de tatouage en dessous de 18 ans ». Et finalement quoi de plus normal ? On parle ici d’un art indélébile, qui ne s’efface pas ou presque. On passe notre vie a expliquer aux clients ou futur clients la démarche qui consiste à ne pas faire les choses n’importe comment, à donner un véritable sens, une logique aux oeuvres qui vont être « gravées à vie ». Et pourtant, une loi passe, allant à l’encontre de tout fondement, ce que tout vrai et bon artiste tatoueur refuse de faire.

A décharge, il faut avouer que pour les pouvoirs mis en place, le milieu du tatouage reste assez insaisissable… Ce n’est pas faute de tenter de se faire entendre, puisqu’une Fédération des tatoueurs du Luxembourg a été créée il y a maintenant deux ans à l’initiative de Mr Marion Thill, propriétaire du studio « One More Tattoo » dont la réputation n’est plus à faire. Cette Fédération, dont Mr Thill est le Président, que nous avons intégrée il y a peu avec The Storm, tente de mettre en place une réelle législation pour encadrer le métier de Tatoueur et ainsi faire la distinction entre les ” bons ” et les ” mauvais”. Si en 2018 on compte entre vingt et trente studios « officiels » qui ont pignon sur rue au Luxembourg, travaillant en toute légalité, c’est avec plus du double qu’il faut parfois compter si on parle de « scratchers », sous entendu les « tatoueurs » travaillant chez eux, en toute absence de réglementation, de talent et de respect des normes d’hygiène. Si la Fédération a été entendue, à cette occasion, par la Ministre en place, il semblerait que l’argumentaire avancé n’ai pas trouvé écho auprès du pouvoir. Argument principal mis en place par la Ministre : « Ne pas autoriser le tatouage aux 16-18 ans ne ferait que les diriger vers les tatoueurs illégaux ». En réponse à cette loi, la Fédération qui regroupe les studios le plus anciens, mais aussi les plus professionnels, d’un commun accord a créé un autocollant au slogan évocateur : « It’s only for your best, no tattoo under 18 », qui sera prochainement mis en place à l’accueil des studios reconnus pour leur qualité de travail… Et d’éthique !

« La position de la Fédération est claire à ce sujet, nous pensons que le tatouage sous 18 ans est une mauvaise idée car il est le fruit d’une envie pas assez réfléchie. Nous préférons voir les jeunes attendre d’être majeurs pour faire le bon choix. Souvent nous constatons que les jeunes qui se sont faits tatouer alors qu’ils étaient encore mineurs finissent tôt ou tard par demander à enlever le tatouage ou à le faire recouvrir car le choix n’était pas le bon. Par exemple parce que les parents avaient donné leur accord pour une petite pièce. Certains artistes ne sont pas tout à fait d’accord avec cet argument et c’est leur droit, nous sommes dans un organisation démocratique. Mais soyez certains que 90% de nos membres refuseront le tatouage sur les mineurs ». Explique Marion Thill, Président de la Fédération des Tatoueurs du Luxembourg.

De notre coté, l’ensemble de la nouvelle équipe de Direction The Storm, s’oppose à l’unisson et fermement contre cette partie de la loi, en accord avec le reste de la Fédération. Nous avons donc décidé ce samedi 10 février 2018 de bousculer l’agenda de nos News, pour communiquer le fait qu’aucun tatouage ne sera toléré, lors de nos événements, en dessous de 18 ans. Une note a déjà été portée à la connaissance des artistes tatoueuses présentes sur la Ladies Tattoo Convention d’octobre 2017. Cette note sera à nouveau portée à l’attention des artistes présents lors des événements de 2018.

Mais au final, cette loi a-t-elle vraiment un sens ? On nous explique qu’un adolescent pourrait dorénavant se faire tatouer, chez un professionnel, à partir du moment où un parent légal serait en adéquation avec cela. La question qui est à se poser, en réponse à cela, est « Quel parent sensé, autoriserait-il un ado à se faire tatouer avant 18 ans ? ». Perso, je me souviens que même à 20 ans, lorsque j’ai fait réaliser mon premier tatouage, je devais le cacher à mes parents, pour éviter le scandale. Autre question : Est-ce que moi, qui travaille dans le monde du tattoo aujourd’hui, à 16 ou 17 ans j’aurai été capable de me faire tatouer sans le regretter quelques années plus tard ? La réponse est « non », sans hésitation. Avec toute la maturité qu’on peut avoir à cet âge, je ne pense pas que ce genre de choix puisse se faire en parfaite connaissance de cause. Alors, oui, certains adultes d’aujourd’hui qui se sont fait tatouer à 16 ou 17 ans me disent ne pas « regretter » leur acte et semblent l’assumer. Toutefois, il est à noter que les adultes en questions sont des « passionnés » par cette forme d’art. Ils assument l’acte, mais soulignent en effet que cette « première pièce » n’est clairement pas à la hauteur des autres. Personnellement, je n’ai pas trouvé de « non passionné » ne regrettant pas son acte. « J’aurai aimé qu’à l’époque on me le dise, qu’on me questionne. J’ai un regretté tattoo au poignet, le truc que je vois tout le temps » m’explique Aurore, blogueuse française.

« J’aurai aimé qu’à l’époque on me le dise, qu’on me questionne. J’ai un regretté tattoo au poignet, le truc que je vois tout le temps ». 

Parallèlement, si on constate que le Luxembourg n’est pas épargné par les effets pervers de la vague de mode que connaît le tatouage depuis quelques années, il est aussi à remarquer que la pratique du détatouage (tatouage enlevé grâce à la technique du Laser) n’a jamais arboré de chiffres aussi élevés. Ces chiffres même qui, dans nos pays voisins, explosent et se hissent au même rang que les chiffres à la hausse des personne passant le cap et choisissant de se faire tatouer. Il y a donc un réel « business » qui se met en place autour de la pratique et ce n’est pas bon. Les studios qui ouvrent comme des champignons, dans nos pays voisins, ne proposent pas  systématiquement d’artistes au talent flagrant. J’ai d’ailleurs connu une petite anecdote, il y a quelques semaines, lorsque j’ai refusé l’accès d’un de nos événements à un tatoueur n’ayant clairement pas le niveau d’un bon apprenti, celui-ci ne tatouant que depuis moins d’un an, mais ayant déjà pu ouvrir son studio de tatouage. Réponse à mon refus, par l’intéressé, insultes en masse sur les réseaux sociaux. Réponse qui m’a légèrement faite sourire, car s’il y a une chose positive à dire sur notre sélection, c’est qu’elle ne laisse pas passer n’importe qui/quoi. Quelle belle publicité donc… Le Luxembourg, de son côté, n’est pas non plus épargné par les praticiens, dont le talent et la technique sont complètement absents, même si ces studios sont très minoritaires (généralement on les reconnaît à la masse de promos scandaleuses proposées sur les réseaux sociaux, histoire de récupérer une part du marché remporté par les Scratchers, un public peu regardant à la qualité, mais plus aux prix bradés par ces enseignes). On pourrait d’ailleurs faire le parallèle de ces studios, avec le nombre de tattoo conventions qui poussent elles aussi comme des champignons. Des événements à la sélection tout aussi douteuse que l’absence d’hygiène qu’elle pratique dans son choix de stands constitués de barrières Herras, destinées à la base à délimiter les chantiers en travaux, il faut le dire.

Au final, loi ou pas, qu’est-ce qui change réellement ? Pas grand chose j’aurais envie de dire… Puisque les studios de qualité, n’acceptaient pas hier de tatoueur sous 18 ans, ces studios- là, qui travaillent avec passion du travail bien fait, soucieux de l’image montrée au reste du monde, ne changeront pas d’avis demain et n’adapteront pas leurs règles en fonction d’une loi passée ou pas. Deux ou trois studios feront peut-être des exceptions, ou en feront une nouvelle règle, c’est inévitable, mais il est peut-être bon de se demander si les intentions de certains d’entre eux, dans ce revirement de situation n’est pas influencé uniquement par le côté pécunier de la chose. Et là, encore une fois, ce constat nous ramène à cette vielle règle qui oppose les vrais professionnels à ceux qui font semblant de l’être. Ces propos n’engagent évidement que moi, mais je pense que la qualité de travail restera le signe distinctif pour différencier l’un et l’autre.

Scylla PIERCE

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