Faut qu'ça bouge

Extase typographique sur art urbain…

A l’occasion du Springbreak, suite à un réel coup de coeur, j’ai eu l’occasion de rencontrer David Soner, un artiste franco-luxembourgeois qui expose jusque demain soir certaines de ses oeuvres sur le salon. Je lui ai posé quelques questions pour vous…

Peux-tu te présenter en quelques lignes ?
Je m’appelle David dit « Soner », j’ai 43 ans, français vivant à Luxembourg depuis quelques années. Je suis artiste-peintre, graphic designer, illustrateur.
Je viens du graffiti, discipline dans laquelle je me suis lancé au tout début des années 90, époque où tout était vierge dans la région, autant sur les surfaces murales à proprement parler que dans les esprits ! J’ai toujours tenu un crayon. Cela remonte au milieu des années 70, depuis l’école maternelle. À l’école, j’ai toujours était le dessinateur de la classe. Et au fil du temps, après avoir travaillé en usine un temps, j’ai trouvé ma place dans la vie active en faisant ce que j’aime, tout d’abord comme graphiste, pour aujourd’hui être libre en tant qu’artiste multi-casquette.

Comment pourrais-tu définir ton art ?
Définir mon art serait à coup sûr réducteur, car il est en constante évolution. Mais on peut dire que ces dernières années, c’est un mélange de typographie, de calligraphie, de courbes affutées. Je met beaucoup d’importance à trouver du flow, du dynamisme, du mouvement dans mes oeuvres. Le monde va vite, tout va vite, ça bouge ! J’ai envie que mes oeuvres reflètent ceci. J’ai envie que l’on soit sonné quand on regarde mon travail.
Ces derniers temps, je reviens vers le figuratif, en essayant de transposer et développer mon style sur ce créneau. Style que j’ai travaillé depuis tant d’années sur mes typos.
Je met beaucoup d’énergie pour rester « actuel »! Je suis toujours curieux, à l’affut de nouveautés. Aussi, je ne suis un éternel insatisfait quant à mon travail. Je m’ennuie vite, je ne peux pas faire toujours la même chose, alors je me creuse la tête à évoluer. De toutes façons, je pense qu’un artiste n’est jamais arrivé à destination, à la finalité de son art. Si nous vivions 200 ans, cela serait pareil, il n’y a pas de finalité dans l’art, nous n’arrivons jamais au bout de la satisfaction. Pour finir, le seul dénominateur commun dans ma production, c’est ma main. On peut dire que mon travail personnel est une partie de moi-même.

Quels sont tes thèmes de prédilection ?
Pendant des années, beaucoup trop, j’étais très (trop) centré sur le trip ultra égocentrique du graffiti : écrire son « nom ». Aujourd’hui, même si je travaille encore sur la lettre, les mots, au moins je fais l’alphabet complet ! 😀. Sinon, je m’oriente vraiment plus sur de l’émotion, comme je disais, je privilégie le mouvement, le flow, la souplesse, la couleur. J’aime aussi relever des challenges où des thèmes sont imposés. Cela cadre les choses, et ça permet aussi de se dépasser, de sortir de sa routine, et au final ça enrichie toujours et encore.

Qu’est-ce qui t’inspire ?
Comme chaque être humain, j’évolue, j’ai des humeurs, des sentiments. Je n’ai plus les mêmes inspirations que quand j’avais 18-20 ans. À cet âge là, c’était le graffiti, le writing comme on dit. Quand j’ai commencé à dessiner, c’était la bande dessinée qui m’inspirait, puis j’ai eu une claque graphique avec les graffitis américains à la TV, puis la scène française au début des années 90. Certains allemands, notamment Daim, celui qui a emmené la 3D tellement loin ! Une énorme partie de ma vie a été rythmée par la culture hip hop dans son intégralité Beaucoup de rap et toute l’esthétique qui va avec. Je vivais, je respirais, je bouffait hip hop. Tous ceux qui m’ont côtoyé, peuvent en témoigner. Puis mon métier de graphiste m’a ouvert à d’autres horizons, chose qui je pense m’a enrichi graphiquement. Je suis revenu vers l’illustration traditionnelle. La photographie pour certaine oeuvre est une bonne source d’inspiration aussi. Aujourd’hui je vibre devant plein de choses, plein d’artistes, tout dépend de l’humeur. Ça peut aller du très graphique, du freestyle, de l’abstrait, vraiment ça dépend.

La calligraphie a une présence essentielle dans ton art. Peux-tu nous en parler ?
Mes premiers souvenirs ou j’ai senti l’attirance pour la calligraphie remontent à mes années lycée (1990-1995). Je m’extasiais déjà devant la calligraphie arabe. L’amour de la lettre vient de là je pense. J’ai toujours été attiré par ces courbes magistrales, parfaites. Ceci explique peut être toutes ces courbes, ces déliés dans mon travail. J’ai toujours été sensible aussi à la calligraphie latine, l’art de la lettre est vraiment grandiose.

Tu as créé des oeuvres pour la marque Orange. As-tu l’impression que le monde accepte mieux l’art de la rue ?
J’ai travaillé pour orange, et bien d’autres (Bic, Bil, RBC, Renault, Sony, Handicap international, PWC…) Je dirais que depuis les années 2009-2011, l’art urbain a explosé, s’est installé partout, est devenu hyper tendance. Et je dirai que d’une manière générale, la « rue » est tendance. C’est cool d’employer le terme « urbain » à toutes les sauces, vous avez remarqué ? Même ici, à Luxexpo, il y a le urban food village 😀 Aujourd’hui, l’art urbain est le grand mouvement artistique qui crée, qui crée, qui envoie du neuf, du lourd ! Quelle autre scène artistique pourrait rivaliser avec cette fraicheur, ce rouleau compresseur? Il est pratiqué par des centaines de milliers de personnes, de tout âge, tout sexe, et a ses propres légendes, codes, styles, son histoire se dessine depuis 50 ans maintenant. Une économie énorme s’est crée autour. On ne compte plus le nombre de festivals tout autour du monde ou des murs sont peints, des murs toujours plus grands. Alors oui, aujourd’hui, l’art urbain est vraiment 1000 x mieux accepté que lorsque j’ai commencé!

Parles-nous de ta présence sur le Springbreak ?
Je remercie Raphael Gindt de m’avoir invité et de m’avoir laissé cet énorme espace avec carte blanche. Je suis juste curieux de voir si cela va toucher des personnes, je l’espère en tous cas. J’ai bien conscience que je n’ai pas choisi le médium qui touche le plus grand nombre. Moi aussi je pourrai peindre des femmes ou des oiseaux. Pour ma part j’ai choisi la voie de la vraie création, celle qui part de rien, celle où tu trimes pour trouver ton langage personnel. C’est bien plus long à instaurer, mais j’espère qu’un jour ça payera.

 

Retrouvez les oeuvres de David Soner sur le Springbreak jusqu’au dimanche 25 mars – 19h. Et pour celles et ceux qui n’auront pas la chance de pouvoir se déplacer, vous trouverez toutes ses infos en bas d’article.




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