Jusque là tout va...

Indignation à géométrie variable…

C’est l’actu « sensation » de la semaine, en Belgique, en ces premiers jours de froideur hivernale, déjà deux femmes sans-abri ont été retrouvées mortes. Conclusion du légiste, après une enquête qui n’a absolument rien donné d’anormal, la mort est due à une hypothermie. Ce « fait d’hiver » aurait toutefois l’intérêt de susciter le questionnement… Le mien en tout cas !

Donc… Les premiers jours de « grand-froid » sont là, l’hiver ayant (enfin…) décidé de nous couvrir de son long manteau glacial. Deux femmes sont retrouvées mortes dans la capitale belge, faits annoncés (pour une fois) par une presse, sans doute, en manque de sensations fortes. Rappelons que la triste vérité est que ce fait n’est pas nouveau, mais qu’étant en manque d’événements scandaleusement croustillants pour faire de l’audimat, les médias utilisent cela pour « nourrir » leur public. Un peu comme moi sans doute, pourriez-vous me dire… Mais « pas que » finalement, parce que cela m’amène tout de même à me poser des questions… Du moins une en particulier. Au delà de toutes les structures, qui ne seront jamais assez nombreuses, mises en place pour « venir en aide » aux sans-abris, il est triste de constater qu’aucun collectif, de geste citoyen, ou peu, ne sont mis en place pour venir en aide aux SDF. Pourtant, force est de constater, quand je nous vois, que le froid est quelque chose que nous avons largement remarqué ces derniers jours… A moins d’être reste enfermé chez soi, volets baissés, le nez bien au chaud sous la couette. Mais où sont tous les bien pensants qui se faisaient (se font) une fierté de venir en aide aux migrants ?

Le débat, sensible, ainsi posé pourrait heurter, j’en ai conscience… Loin de moi l’idée d’en faire une oeuvre « anti-migrants », car dans tous les cas, il est inadmissible qu’une personne dorme dehors, grand-froid ou pas. Certes, la cause des sans abri n’est pas à « comparer » ou à placer « contre » celle des migrants. L’aide aux migrants ne change pas la donne quant à celle des sans-abri, c’est en tout cas ce qu’on nous en dit. Et ce n’est pas une « identité », quelle qu’elle soit qui viendrait à légitimer une mort dans de telles conditions. Mais tout de même, tous ces gens qui sont descendus dans la rue, tous ces gens qu’on voyait aux infos, apporter des vêtements, des vivres, accueillant des migrants chez eux… Tous ces gens qui nous expliquaient, une fois sous le feu des projecteurs, que c’est mal de « ne pas venir en aide aux migrants », où sont-ils ? Seraient-ils tous partis en vacances au soleil ?

Après, certes et non sans ironie, je vais sans doute choquer de par mes mots… Mais il faut avouer qu’un sans abri c’est « moins beau », « ça ne sent pas très bon », « souvent c’est alcoolisé », et « ça a des chiens ». Vu sous cet angle, c’est aussi moins « tendance » un sans-abri ! Les migrants, c’est autre chose… On en parle aux infos, dans leur(s) pays, ils étaient malheureux et « dans le besoin ». La géométrie de notre indignation se voudrait donc, dans certains cas, à géométrie variable. On donne pour les migrants, c’est d’actualité, tandis que les sans-abri c’est un concept vieux comme le monde… « Les SDF, c’est leur choix de vivre dans la rue… Les migrants vivent dans les parc et ne l’ont pas choisi » nous dira une, sans doute trèèèès gentille, dame à la télé, lors d’un reportage. Sauf que non Madame, être sans-abri ce n’est jamais un choix. Et cela pourrait arriver à n’importe lequel d’entre nous… Personne n’est à l’abri de cela !

Alors oui, les pouvoirs en charge mettent des infrastructures en place pour « venir en aide », mais ne rêvez pas, nous restons à mille lieux de notre petit confort quotidien, loin des hôtels 5 étoiles où nous nous abritons lorsque nous ne dormons pas chez nous. Et puis, faudrait-il encore que ces structures ne soient pas en manque de place… Par contre, faut-il encore expliquer à cette dame qu’un migrant qui dort dans le parc à l’heure actuelle, c’est un migrant (et pas un réfugié) qui a refusé de faire une demande d’asile officielle en Belgique, ne souhaitant pas y rester. Dans quel cas il se place volontairement dans l’illégalité… Par choix ! Un SDF, a-t-il le droit lui d’accepter ou non l’aide apportée ? Oui, mais rappelons que si c’est le cas, c’est parce que l’aide en question ne lui permet pas de « meilleures » conditions, ne faisant que déplacer le problème ailleurs (loin de notre champ de vision, par exemple).

A l’heure où, bien au chaud et à l’abri, nous commençons tous, moi le premier, à penser aux couleurs de la déco de Noël de cette année, aux cadeaux que nous allons faire ( ou pas), au « là où » nous allons passer les réveillons, d’autres meurent de froid et de faim à l’extérieur. Nous le constatons, nous trouvons cela triste, mais une fois le regard détourné, nous l’oublions vite, pour mieux vivre… Moi le premier ! Peut-être serait-il temps que nous changions un peu de programme, le regard dirigé vers notre petit nombril, histoire de nous rendre compte que le monde et l’hiver ne tournent pas uniquement autour de nous. L’hiver est là, son lot de tristesse aussi…

Dormons bien…

Scylla PIERCE

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