Onâmisme

Laisser ma vie s’achever cette nuit…

La nuit est noire et la pluie tombe abondamment, elle me recouvre entièrement le visage, m’empêchant presque de réfléchir, dans l’ivresse de ces derniers instants. Où suis-je ? Je ne le sais pas… Je cours… Courir parce que là fin est proche. Courir parce que je n’ai pas le choix. Courir parce que toute mon âme lutte, au plus profond de mon existence, et me crie qu’elle refuse de mourir. Pas là, pas maintenant, c’est trop tôt ! Pas comme ça…

Il est là, derrière moi… Malgré la course effrénée que je mène avec le temps, je sentirais presque son souffle dans ma nuque. Il faut courir… En moi, tout se mélange et me mène aux limites de la folie. Je ne veux pas mourir… Et puis courir, mais pour aller où ? Je ne sais même pas où je suis. Perdu dans l’obscurité, je me dirige dans l’abîme profond, aveuglément, sans savoir où je vais. Les battements de mon coeur résonnent jusque dans mes pensées, ils me font mal, je n’en peux plus. J’ai ouvert les yeux et j’étais là, allongé par terre, dans cette boue infâme et immonde. Lui était là aussi, mon bourreau, un couteau à la main, le visage recouvert d’un masque sans émotion et sans âme. C’est à cet instant que j’ai croisé son regard, que j’ai su qu’il s’agissait sans doute de mes dernières minutes. Je l’entends, ses pas se rapprochent des miens, mais il faut courir. Et cette pluie qui n’en finit pas de tomber, qui souille chacune de mes pensées dans cet endroit glauque et malsain. La panique envahi chaque instant de son long manteau, tout se bouscule, où suis-je ? J’ai froid… Et l’humidité ambiante facilite pas mon agonie, c’est comme si les éléments s’étaient mis d’accord pour s’acharner contre moi, complices de cet homme qui veut ma mort. J’ai mal… La douleur pénètre tout mon être, je ne sais pas si c’est par peur, ou s’il s’agit là d’un dangereux effet en chaîne, mais cette douleur anéantit chacune de mes pensées. Est-ce la mort qui me poursuit ? J’aimerais qu’il s’agisse d’un cauchemar, j’aimerais me réveiller, mais les ténèbres sont trop puissantes pour ne pas être réelle. A bout, j’arrive encore à peine à respirer, mon souffle s’accélère à chaque fois que mes pieds touchent le sol. Je cours, mais a quoi bon ? J’ai l’impression que la fin s’approche de plus en plus… Je tombe.

Allongé, les yeux recouverts de pluie et de larmes, je distingue a peine l’endroit dans lequel mon échine se retrouve prise au piège. La douleur s’est définitivement abattue sur moi et me suggère d’accepter de mourir. La scène, elle, semble comme figée dans l’instant, seule la pluie continue de tomber me laissant entrapercevoir les ruines qui m’entourent. Un vieux motel miteux, où se sont mêlées au désespoir et à la tristesse de la vie, les passes sans fin de putes abimées par la vie, victimes malgré elles de ces vieux routards qui ne sont jamais que de passage, qui ne laissent de traces si ce n’est celle du vide. L’endroit est misérable, vais-je vraiment succomber ici ? La pluie et la boue recouvrent mon corps, mais ne me dissimulent pas et dans le tourment des éléments, j’entends son souffle, il est là, il m’observe et savoure ma lente agonie. Dans un dernier sursaut d’espoir, je n’ose pas regarder en arrière et affronter son regard. Je sais juste qu’il est là, je le sens presque sourire. Je devine le tranchant de la lame de son couteau, devine le plaisir qu’elle prendra lorsqu’elle viendra caresser ma chair et s’enfoncer dans mon corps. Endolorie, ma peau ne permet plus que la douleur et ce sentiment de torture sans fin, toujours un peu plus profond. Me lever… Me lever et courir, éviter la mort, si tant est que cela soit encore possible. Espérer que mon bourreau, dans son acharnement à me voir souffrir, dans le plaisir qu’il prend à me torturer psychologiquement, me laisse quelques minutes, quelques secondes supplémentaires à vivre.

Je me redresse, découvrant à nouveau que je ne suis qu’un homme, fait de chair, de sang et de douleur. Tant bien que mal, je reprends ma course, la scène en deviendrait presque obscène. Je cours, mais je sais que je vais mourir. Tenter de gagner quoi ? Quelques fragments de secondes, histoire de terminer ma vie dans une chute abyssale et insultante. La pluie tombe encore plus violemment, le vent s’oppose à moi, me glaçant à chaque souffle un peu plus le sang. Au milieu des ruines, les carcasses de voitures s’enchevêtrent, me bloquant parfois le passage. L’enfer n’aurait pas de nom, je lui prêterait presque volontiers cette fin qui semble m’être destinée. Perdu dans mes pensées, j’ai presque failli ne pas sentir la lame du couteau qui vient de me caresser le bras… Ca y est, il est décidé, mon bourreau ne s’amuse plus avec moi, il veut ma mort cette fois. Il faut courir… Le sang coule, comme si toute cette accumulation de douleur n’était pas suffisante, il faut maintenant que cette plaie béante me vide de mon sang. Lui échapper… Courir… Courir et tenter de respirer. Ne plus penser à rien d’autre que courir, malgré la douleur. Mes larmes coulent, emportées par le vent glacial, je n’en peux plus, je suis à bout, j’ai si mal, j’ai si peur, mon corps appellerait presque la mort, histoire d’en finir avec ce scénario infâme. Après tout, mourir n’est-il pas la solution? Je devrais m’arrêter, lui faire face, fermant les yeux, pour ne pas le voir et le laisser en finir avec moi… Attendre… Quitter cette terre, pour ne plus avoir mal, ne plus ressentir de douleur, ne plus avoir peur. Mais mes sens me l’interdisent, ils sont en alerte, m’interdisant la mort à chaque inspiration. Il faut courir… Tout se bouscule, me laissant l’impression que la vie ne se résume plus qu’à cela… Courir ! Echapper à la mort.

Je ne sais pas, je ne sais plus s’il s’agit d’un silence, mon souffle infernal m’empêchant d’entendre, mais j’ai l’impression d’être déjà un peu mort. Et pourtant je lutte, j’en veux à la vie, je lui en veux tellement de me proposer cette fin atroce, que je refuse de lui céder et de mourir. Je lutte pour ne pas en finir avec elle, pas de cette façon. Mes pieds s’enfoncent à chaque pas, un peu plus profondément dans la boue, m’invitant sans cesse à la chute. Me faisant basculer à l’horizontale, devinant ce que sera la fin lorsque la mort prendra possession de moi. Le désespoir m’appelle d’un rire glacial. J’aimerais tant pouvoir fermer les yeux pour ne rien savoir de tout cela. Je crie à presque ne plus avoir de voix, mais le monde tourne, il ne veut rien savoir de ma fin, il ne m’entend pas. Une ronde infernale qui n’a de cesse de me torturer. Je n’en peux plus… C’est trop difficile, je ne suis qu’un homme, je ne peux pas vivre cela. J’abandonne et machinalement, je sens mes pieds me lâcher, comme si mon corps n’attendait que cela, cette dernière pensée déclarant forfait, me voir enfin baisser les bras et accepter une défaite presque inévitable Le temps ralentit, me laissant admirer son coté sadique dans chaque seconde de la chute. Mon corps claque, se fracassant contre un sol humide et froid. Je ressens a nouveau cette douleur jusque dans mes os, presque brisés sous le poids de la chute.

Je suis allongé, le corps étendu dans la boue, je respire à peine. Inerte, attendant la mort, je ressens la pluie tomber et la scène se figer à nouveau… L’instant en serait presque beau, de son coté obscur. La folie s’est elle emparée de moi, histoire de me faire apercevoir une autre façon de mourir ? Le silence a recouvert la nuit, je n’entends plus rien. Seul mon sang continue de couler, se mêlant à la pluie et la boue… Je ne serai bientôt plus. Ce n’est plus que l’histoire de quelques secondes. J’ai apprécié cette vie, j’ai essayé de vivre, j’ai essayé… Sa lame s’enfonce au milieu de mon dos, ne laissant pas au hasard la possibilité d’une fin alternative. La mort est là, elle me sourit, elle m’attend et me tend la main… Plus de douleur, plus de froid, plus de désespoir, juste la quiétude et le silence. C’en est enfin fini, je peux enfin plonger définitivement dans l’abîme du néant. J’ai toujours su que j’allais mourir, la mort a été une obsession durant toute ma vie. J’y suis… L’instant est doux. La fin m’est contée. L’ombre m’envahit… L’histoire est achevée.

J’ouvre les yeux… La nuit est noire et la pluie tombe abondamment, elle me recouvre entièrement le visage, m’empêchant presque de réfléchir.. Où suis-je ? je ne le sais pas. Un homme se tient derrière moi, un masque sur le visage, un couteau à la main… Il veut ma mort. Je sens mon sang se glacer, la panique m’envahir. Une seule pensée s’offre à moi : Courir…

Scylla PIERCE

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