Autre contrariété

L’art du tonneau vide…

Le monde du tatouage et ses belles valeurs… Une fois ce microcosme intégré, on nous apprend (non pardon, je rectifie…) « On nous apprenait » l’éthique. Cet ensemble de belles règles qui forcent au respect, au fait de ne pas faire les choses n’importe comment, de ne pas basculer dans le « facile » du coté underground de ce monde… Et ainsi, sans doute, tenter de ne pas passer pour les marginaux de l’histoire. Force est de constater, ces derniers temps, qu’une bonne partie du monde du tatouage n’a plus beaucoup de valeurs et a finalement basculé du mauvais côté de la force.

Le respect est une valeur, une notion, qu’on nous apprend depuis notre plus tendre enfance… Ou du moins, je l’espère ! Dans tous les cas, inculqué à cette période ou plus tard, libre à nous, « hommes adultes » de remodeler notre chemin à l’image de ce que nous sommes et voulons être, j’ai envie de dire. Chacun est libre de faire ce qu’il veut, en n’oubliant évidement pas que notre « liberté » de choix s’arrête là où commence celle des autres.

J’évolue dans le monde du tatouage depuis maintenant six ans… Et du tatouage, j’en bouffe chaque jours de l’année, du premier janvier au 31 décembre. Dès le départ, j’ai bien compris que deux écoles s’affrontaient : celles des plus anciens, qui certes ont choisi un mode de vie « underground », mais qui essaient de faire en sorte que ce monde, celui du tattoo, fonctionne, tourne autour de valeurs : Apprendre le métier sous la tutelle d’un tatoueur expérimenté, ne pas reproduire le travail des autres… etc. De l’autre coté, ceux qui évoluent dans l’autre sens, sans aucun respect de qui ou quoi que ce soit, qui se prennent pour les maîtres du monde et qui n’ont pas compris que le monde ne tourne et ne tournera jamais autour d’eux… Encore moins autour d’eux que des autres d’ailleurs ! Il est pour autant à noter que le constat ne s’est pas arrangé avec les années… Pire, la tranchée entre ces deux écoles est creusée, aujourd’hui, plus profondément que jamais.

Et puis, il y a les réseaux sociaux… Des plateformes créées pour faciliter le contact, faciliter la communication, ouvrir des portes sur le monde, atteindre plus facilement la clientèle et bla-bla-bla. Sauf que parfois, certains d’entre nous n’ont pas compris comment se servir de ces outils, à leurs dépends. Additionné à leur ego plus que démesuré, leur ennui profond sans doute aussi un peu et leur manque d’intellect… Le mélange ne donne pas souvent naissance à de belles innovations. Quel ne fut donc pas mon étonnement, lorsqu’il y a quelques jours, plusieurs personne m’envoient, en peu de temps, une capture d’écran de la story d’un tatoueur, où l’égo de celui-ci semblait bien décoller. En effet, la story diffusée aux yeux « du monde » (ce monde là se limitant à moins de cinq milles personnes, je vous rassure) comparait deux tatouages au sujet identique. A droite, une oeuvre du tatoueur en question, à gauche celui réalisé dans un studio concurrent. Sauf que, mon cher monsieur, l’intelligence aurait voulu que la comparaison se fasse sur deux pièces au sujet identique, mais aussi et surtout aux techniques elles aussi les mêmes. Comme on ne compare pas des pommes et des cerises, on ne compare pas du tatouage « hyper-réaliste » avec du tatouage « Black & Grey », comme on ne compare pas une pièce « graphique » avec une pièce « Old-School ». Qui plus est quand la pièce en question, sortie tout droit de la concurrence, celle qui vous dérange et perturbe à souhait, à priori, est présentée sur une photo à l’angle beaucoup moins avantageux, l’usage de filtres à la clef. Mais que doit-on finalement penser d’un tel geste ?

Ennui profond ? Mal-être ? Appel à l’aide ? Manque de confiance ? Désespoir ? Il faut avouer que les clients ne se bousculent pas toujours à la porte des artistes… Même des meilleurs ! Un artiste, si bon soit-il, est avant tout ce qu’on appelle un « commerçant », ceci nécessitant un comportement professionnel qui aura par la suite l’effet de rassurer, mettre en confiance et amener la clientèle, pour enfin pouvoir commencer à tatouer. Lorsque je rentre dans une boutique où la vendeuse est grossière et opte pour un comportement non-professionnel, il est fort à parier non seulement que je n’achète rien dans cette boutique, mais aussi que je n’y remette plus les pieds. Le travail d’un artiste se considérant comme « le meilleur » ou « meilleur qu’un autre » ne devrait-il pas être suffisant pour pouvoir hisser celui-ci au plus haut rang ? Quel besoin donc, finalement, de se sentir obligé d’atteindre le rang « plus élevé » en piétinant la concurrence pour pouvoir paraître plus grand ? Problème de tailleS ? En toute logique, « si » un artiste est meilleur qu’un autre, l’existence même de cette « pseudo » concurrence ne devrait même pas entrer en ligne de compte. A moins qu’il ne s’agisse d’autre chose… L’ennui ou le manque de confiance est sans doute une explication plus plausible à un tel manque de goût. Car, rappellons-le, lorsque les clients se bousculent à la porte, un artiste, quel qu’il soit, n’a finalement pas de temps à perdre dans l’élaboration d’un montage photo, pour ensuite le diffuser sur les réseaux sociaux… Qui plus est pour une période de 24h maximum, story oblige. Il y a donc du souci à se faire… Mais pas toujours du côté que l’on pense.

En six ans, j’ai vu beaucoup d’artistes et beaucoup d’égos… J’ai appris beaucoup sur l’être humain, mais cela nécessite un sens de l’analyse, une certaine logique, dira-t-on. On construit parfois de grands édifices, de grandes statues mettant en scène de grands hommes, ceux qui ont contribué (généralement) à construire une société meilleure, sacrifiant parfois leur vie pour cela. Et puis il y a ces gens, qui ne sauvent rien ni personne, qui n’ont parfois même pas la faculté de changer leur propre vie, pour se sortir de l’ennui qui y règne en maître. Malheureusement, ce sont ces derniers qui font le plus de bruit… Un peu comme les tonneaux vides. Un bruit infâme et dégueulasse, immonde, que tout le monde entend en espérant qu’il cesse rapidement. Généralement, et heureusement pour notre équilibre à tous, ces personnes tombent aussi vite dans l’oubli que leur tapage inaudible s’en est éteint…

Scylla PIERCE

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