Coup d'état

Le « con » n’est pas toujours celui qu’on pense…

Dénoncer l’autre du bout du doigt, ou de son compte Twitter, est devenu la grande mode. Un peu comme en 1940, on crie « au loup » dès que quelque chose ne nous convient pas… En délaissant parfois toute forme de réflexion ou d’analyse. Parce que c’est « bien » de dénoncer ! Dénoncer c’est un peu comme partir, tel un héros, sous le feu des projecteurs que sont les réseaux sociaux, pour « sauver » le monde. Et puis, avec un peu de chance, cela fera le buzz et permettra de se faire remarquer. Dans la ligne de mire de nos héros en carton se trouve une cible facile : les fruits déjà épluchés, vendus dans nos grandes surfaces. Mais a-t-on réellement réfléchi qui, du vendeur ou du consommateur, est le plus con des deux ?

Le scandale en 2020 c’est plutôt vendeur et ça sort du quotidien, ça distrait… A l’image de ce qu’est la télé-réalité. C’est vendeur et à plusieurs échelles : Ça peut rendre populaire (bah oui, quinze minute de gloire c’est mieux qu’une vie à vivre dans l’oubli ) donc ça fait du bien à l’égo (de certains), ça sauve le monde (même si ce monde là n’est plus à sauver) et donne le ton du chemin à emprunter (même si souvent, les prêcheurs de la bonne parole, on les entend souvent parler de chemin, sans jamais les y rencontrer). Ainsi, la délation a repris du galon ces dernières années, devenue une fidèle alliée des réseaux sociaux tels que Facebook ou Twitter. On dénonce, on démolit, on critique, sous couvert d’une belle parole qu’on oublie souvent d’appliquer à soi-même. Il faut avouer que les réseaux sociaux, c’est quand même un peu plus glamour que lorsqu’Hitler demandait de dénoncer son voisin… Même si, au final, c’est un peu la même chose… Mais ça, personne n’osera le dire !

Depuis quelques mois, les supemarchés ont pris pour habitude de proposer dans leurs rayons « fruits et légumes » des fruits déjà épluchés. Si au premier regard l’idée peut paraître un peu farfelue, on se dit qu’il doit y avoir un public pour cela… Qui sait, peut-être y a-t-il un bureau aux alentours où les employés n’ont qu’une courte pause, cette « pratique » leur permettant de gagner un temps précieux… Quoi qu’il en soit, à l’heure où  il est conseillé de manger 5 fruits et légumes par jour, la réponse des réseaux sociaux est radicale : « La nature est bien faite, il fallait bien la défaire », « L’écologie incompatible avec le capitalisme », « Les gens sont vraiment de plus en plus fainéants ». Et bien entendu, il fallait s’y attendre, l’un n’allant pas sans l’autre, une certaine presse relaie automatiquement l’info, un scandale étant finalement toujours bon à re-servir ! En effet l’idée du sur-emballage n’est pas quelque chose de conseillé à l’heure où tout le monde crie « non » au plastique, celui qui pollue nos océans et pourrit l’enfance de certains enfants (en Suède notamment), préférant nous diriger vers le carton par exemple… Tiens au fait, je me souviens que lorsque j’étais gosse, on nous parlait de la même façon au sujet du papier : les arbres, la déforestation, la nature… etc. Plus personne n’en parle. Ce combat là semble gagné du coup ? Bref…

On voit aussi très souvent des statuts dénonçant les grandes surfaces qui jettent  dans leurs poubelles des fruits et légumes. On nous balance là des # parlant de gaspillage. Mais la faute à qui finalement ? Parce que voilà… Nous vivons dans une ère de sur-consommation, où ce que nous consommons doit être « parfait ». Un peu à l’image de notre comportement sur les applications de rencontre, les fruits et légumes que nous consommons doivent avoir un calibrage parfait. Pas une seule tache, une forme parfaite, pas trop gros, ni trop petit… Un fruit, un légume sortant d’une pub « made in Hollywood ! ». Sauf que la nature, mesdames et messieurs, ce n’est pas ça… La nature n’a pas décidé du jour au lendemain de ne plus engendrer que des produits parfaits… Du moins répondant à l’idée que l’ère actuelle se fait de la perfection. Pas plus que nos mères ne peuvent accoucher d’enfants sans défauts physiques et ce, même à l’aide de leur très chère chirurgie esthétique. La nature produit du vrai, du réel, pas cet espace de rêve dans lequel nous tentons de vivre… Moi le premier ! Ces fruits et légumes « imparfaits » donc, pas impropres à la consommation, juste « imparfaits » au regard de la société, sont donc délaissés du consommateur. Alors, qu’en faire ? Si les grandes surfaces les jettent, on nous parle de gaspillage. Mais personne ne les achète… La réponse est donc simple : les vendre, en tentant de rendre l’imperfection invisible ! Une tomate ayant reçu un coup sera coupée en deux, permettant de vendre la partie « parfaite ». Une mandarine dont l’épluchure (celle qu’on ne mange pas) est abimée sera épluchée et vendue « sans imperfections ». Même chose pour la pastèque, l’ananas, l’aubergine ou le champignon… Au final, ces produits à nouveau « parfaits » sauront  répondre à nos attentes et seront achetés.

Un fruit, un légume « abimé » ne sont pas pour autant inconsommables. Une aubergine, une tomate, une courgette dont la forme n’est pas tout à fait « parfaite » n’en est pas pour autant mauvaise. Une banane dont la peau possède déjà quelques taches n’est pas pourrie pour autant, elle est juste bonne à consommer (et même plus facile à digérer). Mais oui, en effet, de la sorte ils, elles, ne correspondent pas aux dictats de la perfection qui inondent nos écrans. Du coup, grands idiots que nous sommes, nous gaspillons en préférant ne pas acheter… En préférant rejeter la faute sur l’autre. Et pour le coup, la réponse des grandes surfaces n’est finalement pas la plus con qui existe. Elle ne fait, au final, que nous prendre à notre propre piège.

Un peu comme pour tout le reste de ce que devient le monde, il est plus facile de pointer les responsabilités de l’autre du bout du doigt que de se demander ce que nous, à notre toute petite échelle, aurions pu faire autrement. Car cette échelle là, si petite qu’elle puisse être, additionnée à celle des autres, peut facilement engendrer une révolution… Et ainsi un monde meilleur ! Mais malheureusement, dans l’idée de son petit confort quotidien, c’est une histoire beaucoup plus compliquée. Et puis finalement, pour terminer, si un un autre client achète des fruits ou légumes déjà épluchés, cela change-t-il quelque chose à notre vie ?

Réfléchissez bien…

Scylla…

P.S : Mesdames et Messieurs, si la pratique des supermarchés est de vendre des fruits imparfaits leur donnant une autre forme, il est à stipuler que la pratique en question n’est valable que pour ce « type » de produits. Il est fortement déconseillé de tenter de faire pareil avec votre enfant, même si celui-ci a 35 ans, qu’il reste célibataire et vivant encore à votre charge !

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