Autre contrariété

Le regard des autres…

A l’heure où le soleil brille de mille feux, l’art du tatouage n’a jamais été aussi présent dans nos paysages, tant la foule aborde avec fierté (du moins la plupart du temps), les œuvres qu’elle porte sur la peau. Et pourtant… A en lire certain statuts Facebookiens, il semblerait que l’autre, ce méchant homme préhistorique, n’ait de cesse de nous juger, nous matraquant à chaque coin de rue son regard agressif et porteur d’un message qu’on pourrait croire presque mortel. Mais… Les victimes étaient-elles réellement prêtes ?

A en lire les statistiques, si tant est qu’on puisse donner un réel semblant de crédibilité à des chiffres placés là où « on » veut bien les placer, c’est la moitié de la population de la terre qui serait tatouée, de nos jours. La moitié de la population de la terre, car la guerre a laissé de mauvais souvenirs du tatouage aux personnes âgées, et le tattoo sur les enfants est encore presque interdit en 2018 (Sarcasme, quand tu nous tiens…) et les extra-terrestres, sans doute un peu moins cons que nous, ne semblent pas avoir recours à ce genre de pratique. En bon porteurs de statistiques que nous sommes, le soleil de l’été (celui-ci en tout cas) aidant, nous nous déshabillons avec plaisir, histoire de montrer à tout le monde que la mode a fait son taff et que nous aussi nous sommes des produits marketing qui ont succombé à la tendance.

Dieu mais que lis-je ? Je dois avouer, pourtant, depuis quelques semaines, depuis que le soleil est réapparu dans nos vies à vrai dire, que certaines personnes se plaindraient, avec plein de larmes, de rage et d’effroi, à notre ami à tous : Facebook ! C’est quoi se plaindre ? C’est poster un statut sur Facebook où le principe est de se plaindre en ronchonnant… Souvent à cause des autres, qui sont toujours méchants et tout et tout. Vous remarquerez après cet article, qu’il y a une règle en la matière : sur Facebook, c’est TOUJOURS la faute des autres ! Et là, pour l’occasion, ces jolis (ou pas…) statuts nous raconteraient le jugement porté sur nous, sur nos tatouages, que le monde ne comprendrait pas, voir qu’il aurait tendance à juger, nous faisant passer du statut de « produit tendance » à celui de « monstre infâme et horrible ».

En gros, les gens nous dévisageraient, sous prétexte que le tatouage… blablabla. C’est là que toute l’ironie et le sarcasme qui font le statut jusque maintenant, se transforment en « WTF les gars ? ». Parce qu’en gros, il y a une chose que vous semblez oublier : Le regard des autres, vous le connaissiez déjà avant de porter un, deux ou trois tatouages. Celui-ci n’a pas changé sous prétexte que vous avez décidé d’être tatoués. Celui qui dira qu’il ne savait pas passera sans doute, aux yeux du monde, comme le roi des idiots.

J’ai pourtant, de mon côté un tout autre regard sur la chose… J’ai habité Bruxelles pendant plusieurs années. J’y ai pris le métro presque tous les jours et souvent (en été du moins… Lorsqu’on avait un été) les bras découverts. Pour celles et ceux qui me lisent sans me connaître, j’ai le coup, les mains, le visage tatoués… Difficile donc de passer à côté de moi sans comprendre . Souvent je me suis fait aborder… Par des curieux, par des gens qui ne comprenaient pas mais qui voulaient au moins entendre, par des passionnés aussi. Souvent donc, avant d’être abordé (ou pas) j’ai senti ou remarqué le regard des autres sur moi. Mais c’était aussi un élément dont j’ai su tenir compte avant de me faire tatouer les parties « visibles » du corps. Moi-même, lorsque je croise quelqu’un qui semble être bien tatoué, de la même façon dont je croise quelqu’un avec un look « original », je regarde cette personne car il y a là matière à regarder. Et pourtant mon regard n’est pas désapprobateur, il est juste curieux, voir intéressé.

Bien entendu, je ne dis pas que tous les regards posés sur nos tattoos sont positifs… Je ne suis pas sans me souvenir qu’en 2014, lorsque je débarquais le lundi matin à la gare de Luxembourg, les regards incompréhensifs se posaient sur moi en masse. Mais c’était en 2014, nous sommes en 2018. Je sais aussi que les structures professionnelles du monde du tatouage comme The Storm Events ou Adikt Ink ont su travailler les mentalités au corps à corps, pour les faire avancer, à gros coup de comm. Les mentalités ont évolué et le Luxembourg s’est aligné sur ses pays voisins au niveau de l’acceptation de nos styles. Par contre, il semblerait intéressant de se questionner sur nos petits nombrils… Pourquoi nous sommes-nous fait tatouer ? Car si les chiffres prouvent que les demandes de tattoos se concentrent plus sur les parties visibles du corps contrairement à il y a quelques années, ce n’est sans doute pas pour que ceux-ci restent invisibles aux yeux du monde. Il y a donc là un profond paradoxe qui, pour une fois, m’ennuie… Beaucoup d’entre nous (tatoués) ont choisi de se faire tatouer pour se faire remarquer (appelons un chat : un chat !). Et une fois que ceux-ci se font remarquer, le regard des autres posés sur eux les dérange ? Les mecs. À un moment assumez juste d’être cons, j’ai envie de dire !

Scylla PIERCE

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Crédit Photo :

Cover : Florian PÉRENNÈS

Milieu : Sergey FEDIV

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