Coup de stress

Même pas peur…

Tremblez pauvres mortels, ce soir n’est pas un soir comme les autres… Ce soir, Les courants d’air parleront, donnant une dimension tout autre à la nuit. Ce soir, les morts sortiront de leur tombe, le sang coulera sur les murs déversant les ténèbres dans le sillage du peuple des enfers. Quoi qu’à mieux y regarder… Celles et ceux d’entre vous qui souhaiteront se faire peur cette année  devront être vraiment très très très sensibles !

Ne cherchez pas d’autres perspectives, il n’y en a finalement qu’une seule et unique en ce soir sinistre d’Halloween, il vous faudra rester blotti dans votre canapé si vous désirez vous faire peur. Pas de distribution de bonbons aux portes de nos chaumières cette année, couvre-feu et confinement obligent, on oublie les soirées à thème, les marathons cinématographiques ou encore les soirées entre amis. Du coup, celles et ceux parmi nous qui voudraient tout de même profiter du moment pour célébrer le moment de l’année où il est coutume de se faire peur……… Malheureusement en matière de films d’horreurs, il faut avouer que le paysage de ces dernières années semble lui aussi plutôt morose… 

Le film d’horreur c’est tout une culture… Et puisque tout semble ne se résumer qu’à un cycle, il semblerait que la boucle finisse bientôt, tant l’évolution des films du genre commence à sérieusement s’essouffler ! Lorsqu’on retrace cette culture sur la ligne du temps, c’est dans les années 1920 qu’on arrive, il y a donc un siècle, avec des films répondant aux noms de : « Le cabinet du docteur Caligari », « Nosferatu le vampire », « Le fantôme de l’opéra » ou encore ces bons vieux « Dracula », «  Frankenstein » et « La momie ». A l’époque, effets spéciaux et autres technologies ne disposant pas de beaucoup de moyens, la télévision se joue sur de tout petits écrans, en noir et blanc, mettant en scène des monstres de l’imaginaire populaire. Il y est question de légendes aux nuits noires d’où sortent des monstres qui, lorsqu’on les regarde aujourd’hui, n’ont finalement plus grand chose d’effrayant. Il faudra attendre l’après-guerre pour voir les thèmes se diversifier légèrement, se dirigeant de plus en plus vers le monde de l’occulte et des morts… les zombies et autres profanateurs de sépultures ont à l’époque le pouvoir.

Dans les années 60, un tout autre genre de monstre va faire son apparition : l’homme ! Ici pas de monstres sorti tout droit de la nuit, pourquoi aller chercher dans l’imaginaire ce qu’il est tout à fait loisible de constater? La démence peut parfois cacher de sombres scénarios. Des films comme « Le voyeur », « Psychose » ou « La chambre des tortures » rappellent sur grand écran que l’homme peut se révéler être un monstre sans pour autant se transformer en mouche, en mort-vivant ou encore en vampire. La peur s’installe dans l’idée de notre quotidien et celle des hommes qui peuvent parfois perdre pied, se noyant dans l’ivresse des profondeurs des ténèbres. Et si ces films restent des « références » adaptées plusieurs fois et à différentes époques, ces films restent à leur prémisse réservés à un public plutôt averti. Il faudra attendre encore une petite dizaine d’année pour voir le cinéma d’horreur donner naissance à des monstres dont l’éternité nous parle encore . « Les griffes de la nuit » donne naissance au très célèbre Freddy Krueger… « Halloween » à Michal Myers… Et « Massacre à la tronçonneuse » donne naissance à un mec plutôt barge, dont on ne connaîtra finalement jamais le nom, se baladant une tronçonneuse à la main. L’histoire est souvent identique au départ : Un groupe de jeunes insouciants entend parler d’une légende, alimentant l’idée de l’ombre dont un monstre sort sans prévenir pour tous les tuer. Ici, l’idée des franchises s’inscrit avec plus ou moins de succès… Les épisodes deux, trois, quatre, cinq et plus ressuscitent au fur et à mesure des années, les monstres qu’on avait pensé laissés pour mort à la fin de l’épisode précédent. Là encore une fois, pas de surprise, nos héros étaient convaincus d’avoir trouvé « la » solution tirant un trait définitivement sur le fruit de nos terreurs… bah non ! Parallèlement à cela, la fin des années 70 donnera elle aussi naissance à un autre genre dans l’horreur : celle des esprits, des démons et autres diables à la queue fourchue : «  Omen » ou « La malédiction », « L’exorciste », « Amityville », « Poltergeist » font référence aux croyances religieuses, à des forces invisibles, mettant en scène des forces obscures dont on ne voit jamais rien, finissant souvent par se battre avec des prêtres aux saintes paroles bien tranchantes. Il est aussi à noter qu’une perle, référence toujours citée et célèbres aujourd’hui, est née à l’époque, en 1980 avec sinistre « Shining » où Stanley Kubrick met en scène un Jack Nicholson noyé dans la démence, qui finira  dans un de ses plus beaux rôles, par enlever vie à toute sa petite famille.

Quelques années plus tard, on revient aux bonnes vieilles peurs qui n’existent pas avec des monstres toujours plus terrifiants : «  La mouche », « Hellraiser », « Jeux d’enfant » retourne aux classiques du films d’horreur à travers des monstres qui nous font peur mais dont on sait que là, ils ne risquent pas de venir nous tuer dans notre sommeil. Pour, quelques années plus tard, revenir à une triste réalité, celle des hommes. Un tout nouveau genre voit le jour avec la franchise « Scream »… A mieux s’y pencher, on pourrait croire qu’il n’y a finalement pas grand chose de nouveau dans le sujet : un groupe de jeunes se fait tuer par un homme dont on ne découvre la réelle identité qu’au tout dernier instant. Pourtant, il y a bien nouveauté dans l’histoire, puisque le tueur en question agissait au beau milieu du groupe depuis le départ, sans que personne ne s’en doute, laissant la surprise donner le mot de la fin. Si la franchise, à l’époque, a été un réel succès, celle-ci a très vite du rivaliser avec un certain « Souviens-toi l’été dernier » jouant sur les mêmes codes. Là encore une fois, la machine a billet ne compte pas s’épuiser avec du « one shot », on développe le sujet sur plusieurs épisodes, trouvant des liens de parenté dont on ne soupçonnait finalement rien dans les épisodes précédents. Avouons que bien souvent, les épisodes deux ou trois ressemblaient plus à un plat réchauffé au micro-onde qu’à un réel film à succès. Là encore, 1999 terminer le siècle avec un autre ovni : « Le projet Blair Witch », un réel précurseur, puisque le film parlant d’un groupe de jeunes se perdant dans une forêt qu’on dit hantée, est persécuté par de vieilles légendes, une nuit dont on ne verra finalement pas grand chose. Toutefois, le film est et reste une réelle référence tant son approche est unique pour l’époque : des images filmées par des caméras amateurs.

Le début des années 2000 ne viendra pas bousculer son cycle… Pourtant un nouveau grand nom de l’horreur né à l’époque : la franchise «  Saw », où des hommes et des femmes se réveillent au beau milieu d’un endroit glauque à souhait, piégés dans une machine infernale les forçant à expier leurs péchés s’ils ne veulent pas y laisser la peau… Et bien souvent tout le reste aussi. Ici, plus de monstres, ce n’est même pas l’homme finalement qui appuiera sur la gâchette, celui-ci se contentant de placer le « coupable » dans un piège soigneusement étudié, avec ce choix de « jouer » au jeu ou pas. Au delà de l’horreur souvent bien gore, ce qui est réellement terrifiant à l’époque repose dans le génie qui peut traverser l’esprit du créateur de ce film. Nous rappelant que si un Freddy Krueger ne peut finalement pas sortir de nos écrans (c’est pas faute d’avoir essayé pourtant », l’homme peut lui penser et mettre sur pied des pièges mortels qui ont tout du réel. Dans le même ordre d’idée, « Hostel » s’installe dans nos cinémas en 2005 avec pour histoire des jeunes disparaissant dans les pays de l’Est, où ils sont partis faire la fête sur des circuits alternatifs, pour finir torturés (et ce n’est pas un petit mot) par des hommes d’affaires très riches, payant le prix pour découvrir des sensations jusqu’alors tout aussi interdites qu’inconnues. Là encore, le frisson s’installe dans l’idée que ce scénario pourrait tout à fait être réel.

Et depuis ? Bah finalement pas grand chose… Rien de réellement innovant finalement, puisque seulement deux franchises pourront réellement sortir de l’ombre : « Paranormal activity » reprend les codes du précurseur «  Projet Blair Witch ». Un film plutôt réussi dans ses deux premiers opus, mais… Franchise oblige, les épisodes suivants feront tout partir en couille. « Conjuring : les dossiers Warren » et autres « Annabelle » nous replongeront dans l’idée sombre de la peur démoniaque… Avec un succès plutôt mélancolique, puisqu’ici rien de nouveau ne se passe, on prend les vieux codes d’il y a quelques années et on rejoue le tout. Sinon, le calme plat s’installe… J’aurais pu aborder, lors d’un ixième paragraphe l’idée des remake de vieux classiques de l’horreur à succès, sauf que pour l’occasion il n’y en a pas un seul qui se démarque réellement dans l’idée de la qualité. On évitera donc…

Et si 2020 a été relativement pauvre en nouveautés cinématographiques, actualité et confinement obligent, il semblerait que pour pouvoir réellement se faire peur en matière de films, la seule et unique perspective qui s’offre à vous est de replonger dans l’idée des vieux classiques peut-être un peu oubliés. Car finalement, si on veut réellement se faire peur, de nos jours, avec des vidéos récentes, c’est plutôt du côté de la presse et des réseaux sociaux que cela se passe.

Scylla…
LIENS :

Crédit photos :

Cover : Kyle JOHNSON

Maison : Jan JAKUB NANISTA

Mains : Daniel JENSEN

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