Coup de stress

Non merci…

La culture du viol… Si ce terme n’est a priori plus étranger pour personne, l’idée est assez simple : Il s’agit d’un concept sociologique utilisé pour qualifier un ensemble de comportements et d’attitudes partagés au sein de notre société, qui minimiseraient, normaliseraient voire encourageraient le viol. Et si dans l’idée, ce concept semble assez simple, il en reste parfois très mal compris de la masse, celui-ci étant utilisé et réutilisé à des fins parfois extrémistes. Mais alors, loin de la récupération et des discours sectaires, quel est le vrai message du mouvement ?

Si le sujet flirte avec une certaine tendance médiatique depuis quelques mois, le concept de « Culture du viol » n’a finalement absolument rien de nouveau, puisque c’est en 1970 qu’il a été introduit par des femmes féministes américaines. Ce concept tenterait de nous démontrer que l’on peut entretenir l’idée du viol, sans pour autant être un violeur ou soutenir cet acte de manière publique. La culture du viol découle de croyances et d’attitudes profondément ancrées dans nos sociétés et souvent relayées de manière inconsciente. Elle  suppose que les individus entretiennent un certain nombre d’idées reçues concernant la notion de consentement à l’acte sexuel, le profil des victimes de viol et celui des agresseurs. Mais en gros, qu’est-ce que cela voudrait dire ? Tout simplement que nous avons certaines idées reçues qui banaliseraient et en viendraient à cautionner l’acte, de façon involontaire. Qui n’a jamais entendu quelqu’un dire « t’as vu comment elle est habillée ? Faudra pas s’étonner qu’elle se fasse violer après… ». Cette phrase qui peut sembler, de prime à bord, complètement « banale » soutiendrait donc qu’une fille, une femme, habillée un peu sexy qui viendrait à se faire violer, l’aurait finalement cherché. En outre donc, l’acte de viol semblerait donc « normal ». C’est un peu comme si nous venions  à cautionner un meurtre, sous réserve que la victime ait fait quelque chose de mal : Mon voisin fait trop de bruit à répétition la nuit, je le tue… Mais c’est lui qui est coupable d’avoir fait du bruit, donc je ne suis pas coupable !

Dans la pratique, on pourrait se dire que mis à part ces paroles premières un peu abruptes, la réalité se fait un tout autre écho…Sauf que pour le coup, cette réalité, une fois les yeux ouverts et attentifs au monde qui nous entoure, nous rattrape vite pour nous claquer sa froideur en pleine tronche. Car ces dernières années, un type de comportement découlant d’une société un peu trop patriarcale, de croyances un peu trop machistes et d’habitudes de certaines communautés où l’homme règnerait en maître, la femme n’étant relayée qu’au second rang et au droit de se taire. Sauf que voilà messieurs, ne serait-il pas temps de nous rappeler que nous sommes en 2020, que la femme, au même titre que l’homme a le droit de parole, de décider et de dire « non ». Et c’est bien ce dernier terme qui semble avoir du mal à se faire comprendre… Une fille habillée sexy serait une allumeuse, une fille qui n’est pas très prude et qui ne demanderait pas mieux finalement que de se « faire baiser », à en entendre certains. Dès lors, des mains masculines se perdraient en soirées, lors de concerts ou dans le métro pour venir se poser de façon volontaire sur une paire de fesses ou une paire de seins. « Ce ne serait finalement pas très grave » à en entendre certains…

A contrario, le camp adverse a parfois de quoi se défendre, mesdames… Et malheureusement, il suffit de jeter un coup d’œil aux réseaux sociaux pour constater que malheureusement le message véhiculé n’est pas toujours clair. Si la femme a tout a fait le droit de faire ce qu’elle veut de son corps, certains abus auraient tendance à réduire le corps de celle-ci au rang d’objet, véhiculant un tout autre message au passage. Et loin de moi l’idée de tacler ici les publicités pour la lingerie ou des maillots de bains des grandes marques de prêt-à porter, ces dernières faisant partie de la culture de notre continent. L’idée de jeter un œil sur des réseaux tels que Instagram ou Tik Tok et un certain type de comportement apporterait par contre de l’eau au moulin. Car finalement, ce ne sont pas les images et vidéos parfois un peu trop osées ou choquantes qui manquent… Et là repose toute la différence entre une image sexy et une image vulgaire. Une femme a tout a fait le droit de s’habiller de façon féminine, voir sexy, personne n’est en droit de juger cela. Mais que dire alors des vidéos où des jeunes filles, parfois encore mineures, en tenues ultra moulantes et courtes mettraient un peu trop en avant leurs « avantages », la photo ne représentant plus que cela ? Pire, que faire des vidéos où celles-ci remuent leur popotin, sous prétexte d’un challenge de Twerk ? A ce moment là, il faut avouer que le message n’est pas toujours clair et peut entretenir certaines croyances stupides de notre société, n’allant pas dans le sens de la Culture du viol. Bien entendu, il est par contre plus que clair que cela ne cautionne pas les abus apportés en réponse… Mais si une femme ne se respecte pas, faut-il s’attendre à ce que d’autres la respectent ? Le problème ici, reposant dans le fait qu’une seule, au niveau des mentalités, se fait légion !

Et puis, comme dans tout concept sociologique, les discours extrémistes viennent s’en mêler et foutre un peu la pagaille dans le truc… La femme féministe, cheveux courts, prête à partir à la guerre, en deviendrait ici presque castratrice. Et c’est le témoignage d’un ami, que je sais très respectueux qui m’a fait m’interroger et me pencher sur ce concept, avec l’envie d’en faire un article, l’histoire étant assez hallucinante. Celle-ci raconterait donc l’histoire de mon ami, se trouvant dans un bar un soir, repèrerait une jeune femme qu’il trouverait séduisante… Et lui donnant l’envie d’ouvrir la conversation avec elle. Avec maladresse donc, ou peut-être juste l’idée de ne pas vraiment savoir comment s’y prendre (avouons qu’on s’est déjà tous et toutes retrouvés dans ce cas de figure), mon ami demanda au barman de faire offrir à la jeune femme un verre. Réponse de celle-ci au barman « qu’il vienne me l’apporter lui-même ». Le message ayant fait son bout de chemin, mon ami a pris son courage à deux mains pour venir apporter le verre lui-même. Et là, scandale !!! Alors qu’il semblerait qu’il l’ait abordée de façon tout à fait respectueuse et délicate (ce qui semble assez bien coller avec sa personnalité) la femme commença à hurler, à l’insulter et à lui envoyer le verre à la tête, sous prétexte qu’il s’agit à ses yeux d’une agression… Entraînant une incompréhension totale de mon ami, ainsi que d’une partie du bar ayant assisté de près à la scène et nécessitant l’intervention de la Police pour calmer le jeu. Et c’est cela, finalement, qui décrédibilise la chose… Car si je me mets a la place des femmes ou des filles qui se font aborder en permanence dans la rue, dans le métro, dans les soirées, de façon bien souvent un peu trop crue, je comprends qu’une certaines exaspération s’installe petit à petit… Ayant habité Bruxelles, j’ai parfois moi-même du intervenir pour remettre des gens en place, leur rappelant qu’il y avait une certaine façon d’aborder d’autres personnes. Mais doit-on aller jusqu’à ne plus aborder personne ? A en étendre les discours de l’ultra féminisme, il faudrait y croire que « non », une femme ne s’aborde pas ! Mais alors, comment faisaient nos grand-parents ? Car si de nos jours l’Internet peut éventuellement permettre certaines rencontres, à l’époque, il est bon de se rappeler que celui-ci n’existait pas… Mais les discours ultra-féministes nous répondront qu’à l’époque la femme était beaucoup plus soumise et n’avait pas l’autorisation de se rebeller. Dans le même ordre d’idée un peu absurde, le discours extrémiste irait même jusqu’à stigmatiser le femme directement. Car si celle-ci a su militer pour ses droits, notamment celui de travailler… Certains discours un peu extrêmes viendraient aujourd’hui lui reprocher ce choix. Lui reprochant de ne plus être assez disponible et présente sur son domicile.

Alors, au beau milieu de tout ce chaos, que faire ? Que penser ? Et bien tout simplement se rappeler que tout phénomène sociologique n ‘est que ce qu’il est… Un labyrinthe rempli de pièges et de bêtises en tous genres. Qu’il est donc beaucoup plus judicieux de se garder loin de ces discours un peu extrêmes, qu’ils soient machistes ou féministes. Une femme, en 2020, est libre de faire ce qu’elle veut. Elle a le droit de se lever, de s’habiller et de mener sa vie comme bon lui semble. Et que, comme dans tout, un certain « juste milieu » est toujours bon à envisager. Et rappeler que, même si cela semble on ne peut plus logique aux yeux de certains, il est parfois bon de rappeler à d’autres que, non, ce n’est pas parce qu’une femme porte une mini-jupe, une robe ou une tenue « moulante » que celle-ci porte un écriteau « baise-moi » sur le dos. Rappeler que « oui » les femmes se mettant a nu, ou presque, sur Instagram pour « pêcher du like » revient un peu à de la prostitution… Mais est-ce que cela cautionne les paroles salasses, les gestes déplacés, voir plus ? Non, ce n’est pas le cas ! Rappeler aussi qu’une femme, une fille, même si elle a bu en soirée n’a pas à devenir une proie « facile ». Il s’agit juste d’une femme, une fille qui a trop bu. Il n’est donc aucune raison valable qui cautionne ou excuse les gestes et actes déplacés à son encontre. Lorsqu’une femme dit « non », elle dit « NON » ! Et tant que celle-ci ne dit pas « oui », elle peut dire « NON » ! Le contrairement du consentement, c’est le refus… Il n’y a pas de « oui peut-être » ou de « non mais peut-être ». Tant qu’une femme ne dit pas « oui » il est à considérer que le consentement n’est pas donné et donc qu’il n’y a aucune raison d’insister, de tenter de marchander ou de « négocier le truc ». Il est d’ailleurs assez « amusant » (et je me permets ici l’usage des guillemets, histoire d’afficher une légère réserve sur ce terme) de constater que la parallèle existe aussi dans le comportement de la communauté gay… Notre société a donc du travail coté remise en question. Mais peut-être serait-il intéressant d’amener nos amis macho et machistes, à venir se faire harceler dans ce milieu. Cela aurait peut-être pour effet de les amener à comprendre ce que c’est de serrer les fesses !

Cet article, je ne l’ai pas écris pour moi… Je l’ai écris pour ma mère, pour mes sœurs, pour mes nièces, pour mes amies et pour toutes les femmes du monde qui n’ont pas à se sentir dans l’insécurité à tout instant. Sachons, tous autant que nous sommes, que derrière chaque fille, derrière chaque femme peut se cacher ce que serait notre fille, notre femme. Que celles-ci ne sont pas des objets, mais des êtres qui méritent le respect au même titre que chacun d’entre nous… Et que loin des discours un peu trop moralisateurs et bien pensants, ou des discours un peu extrémistes, une fois que nos écrans sont éteints, une vision de la vie, un peu plus mesurée cette fois, s’offre enfin à nous et nous rappelle que la vie, quelle qu’elle soit, mérite le respect !

Scylla…

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