Coup de sang

OnlyFans… La prostitution tendance ?

Se décrivant comme «un site d’abonnement qui permet aux créateurs de contenu de monétiser leur influence», OnlyFans est une plateforme britannique créée en 2016. En souscrivant à un abonnement payant, pouvant varier de 5 à 50 dollars par mois, les followers devenus « fans » peuvent accéder à des photos et vidéos qu’on nous dit exclusives de la part des comptes qui les publient. Mais qu’entend-on par « contenu exclusif »

Bien qu’il ne soit pas officiellement considéré comme un site à contenu pornoghraphique, il est bien entendu évident qu’un énorme pourcentage des propriétaires de comptes OnlyFans proposent du contenu à caractère sexy, érotique ou pornographique. A contrario des réseaux tels que Facebook, YouTube ou Instagram qui partent à la chasse de la nudité, si minime soit-elle, même si c’est parfois de façon très hypocrite, OnlyFans s’est fait connaître pour sa grande tolérance quant à la monétisation de la nudité. Car si les autres réseaux sociaux sanctionnent ou bannissent à la simple vue d’un téton de femme (schisme suprême par la sainte bible de l’influence), OnlyFans en a clairement fait son fond de commerce, détournant totalement de sa fonction les bases même du média. 

Après un grand boom lors du premier confinement, surnommé depuis comme « l’Instagram du porno », donnant naissance à d’autres réseaux ayant compris l’intérêt de la chose, il nous est donc loisible de suivre des cours de Yoga, de danse ou de fitness, le tout sans aucune nudité, comme prévu à l’initiale par Tim Stokely. Et s’il n’est pas possible de suivre la marmotte qui met le chocolat dans l’emballage (on ne l’a en tout cas pas trouvée sur ce réseau), d’aucun ne nieront pas le fait que l’opération était plutôt bien pensée, d’une naïveté extrême il faudrait être pour imaginer que le média ne serait pas vite détourné de sa fonction première… Mais la question n’est pas là. 

Mais que faut-il alors penser du fait de « gagner sa vie » en affichant sa nudité ? Y a-t-il finalement une différence finalement entre l’influenceuse qui affiche des poses plutôt suggestives sur Instagram, a peine vêtue d’un bout de tissu très moulant et celle qui va avoir recours à la masturbation payante ? Si ce n’est que la première est à la vue de tous, la seconde à la vue de gens qui vont payer pour… Ne doit-on finalement pas y voir là une simple digitalisation des cabanes de streap des sex-shop d’antan ? Chacun d’entre nous y trouvera sa propre réponse, en accord avec ses principes et valeurs. Les plus vieilles générations ne comprendront pas l’affichage de la nudité et l’utilisation monnayée de celle-ci, parlant d’un non-respect de soi. Les plus jeunes générations, nées un iPhone greffées à la main droite, une manette dans la main gauche, les yeux rivés sur l’Internet, banaliseront une nudité qui est déjà bien décomplexée sur les médias tels que Snapchat et Tik Tok, sous couvert d’un détournement en non-accord avec « la bonne utilisation »  de ceux-ci ! Chacun faisant ce qu’il veut de ses fesses, le jugement ne trouvera pas sa place en ces pages.

Toutefois, il est ici de bon ton de rappeler que la pratique n’est pas sans danger… Tant pour les propriétaires du contenu que pour ses consommateurs. Car rappelons-nous que même si le site a été bien pensé dans sa sécurité, celles-ci n’en gardent pas moins leur caractère incontrôlable. En effet, pour un consommateur un peu instruit dans le monde digital, il ne sera pas compliqué de capturer l’instant pour le republier ailleurs, en des lieux plus accessibles, ne nécessitant pas paiements. Et si les propriétaires auront droit à des recours, pouvant demander assez facilement l’enlèvement des vidéos et/ou photos, on n’oubliera pas de penser qu’entre temps,  celles-ci auront été multipliées autant de fois qu’il est loisible de l’imaginer. Les vieux dossiers pouvant ressortir quelques années plus tard, parfois, il faudra pouvoir assumer le poids du passé. De l’autre côté, celui des consommateurs, si OnlyFans nous parle d’un site interdit aux moins de 18 ans, il n’est ni nécessaire de signaler son âge à la création d’un compte, ni nécessaire de le faire en souscrivant à un abonnement… Un peu à l’image de l’air du temps de comptes où la sexualisation des teenagers est omniprésente mais « interdite » par le média, qui ferme largement les yeux sur ce qui se passe en son sein. Imaginez donc votre ado de 16 ou 17 ans se dénuder pour se faire un peu d’argent de poche… Ou vous piquant votre carte de crédit, histoire de se rincer l’œil. Oui, vous le verrez sur votre relevé de compte, oui le savon serait sans doute passé en couche plus ou moins épaisse, mais ne serait-ce finalement pas un peu tard ? Enfin, je pourrai conclure sur cette façon dont notre société et ses outils de communication ont tendance à faire de la femme, des ados (pour ne pas parler des enfants parfois), du corps humain, de simples objets sexuels, dénaturant l’acte, le regard et la considération accordée à ceux-ci.

En consommateur de sexualité, je ne jugerai pas… J’ai moi-même, ne fût-ce que par curiosité et pour savoir de quoi je parlais, souscrit à des abonnements OnlyFans. Le réseau étant à l’image de notre société et de sa boulimie impudique qui ne trouve plus de limite, il ne semble donc plus étonnant de constater qu’une forme de prostitution semble finalement « banalisée » au risque de se faire « tendance » chez les plus jeunes. On sera tout à fait en droit  de se questionner, non pas sur le média ou son utilisation,  chacun étant libre d’adhérer à l’idée… Ou pas ! Mais en droit de se questionner sur ce que sera demain. Sachons nous rappeler dans notre remise en question que si ce type de média existe, à l’instar de son contenu, ce n’est certes pas par l’opération du Saint-esprit… Celui-là aurait eu tendance à masquer la nudité. S’il y a réponse, il y a du y avoir questions et plus d’une. Je reste donc assez sceptique sur les valeurs de ce que sera la société de demain… Mais peut-être suis-je devenu, finalement, un vieux con ?

Scylla…