Coup de plume

Pour vous parler de qui je suis…

Vienne la nuit, sonne l’heure… Dans les moments de solitude et d’introspection, il m’arrive de me fondre dans l’ennui et de revisiter mon passé. Dans ces scénarios figés dans le temps, plus âme qui vive. Les décors sont posés, comme dans un film de science-fiction, l’homme a disparu des rues. Seuls la lumière et un léger vent doux règnent en toute pudeur, défiant parfois l’ombre qui désire elle aussi s’installer, ma foi est ainsi faite. Tout est calme, paisible, silencieux aussi. Et si l’empreinte de l’homme a disparu, seule reste l’émotion et ce qu’elle a fait naître en moi. Pour vous parler de qui je suis, il faudrait pouvoir comprendre… Pour pouvoir me comprendre, avant de construire, il m’aura fallu trouver l’écho que j’ai trouvé en l’autre.

Dans ces moments de solitude, ce sentiment mélancolique qui m’accompagne depuis l’aube des temps, je rencontre souvent ce besoin  de me souvenir… De retourner plonger dans le silence du passé et de croiser ce fantôme nuageux qui a, un jour de sa main, caressé mon âme. Je ferme les yeux et me laisse submerger, pour me retrouver souvent là où tout à commencé. Je me souviens m’être noyé au point de me perdre, un peu comme un sentiment qu’une fois l’enfance évaporée, il m’aura fallu mourir en quelque sorte, pour pouvoir trouver la rive et sortir du néant. C’est un endroit particulier, emprunt de sérénité, dans ma mémoire. Souvent, dans mes moments les plus sombres, je me perds à fermer les yeux pour y retourner, tellement j’ai trouvé en ces lieux un refuge introspectif. Pourtant, je me souviens aussi qu’à l’époque, passer ces deux immenses grandes portes noires, faites de fer forgé, était un véritable exercice, un peu comme lorsqu’on monte sur scène. Regarder le ciel semblait presque impossible, tant le poids du passé faisait de l’apesanteur un oracle intempestif qui m’attirait inexorablement vers l’enfer. 

Aujourd’hui, du passé je garde en mémoire l’empreinte de ces âmes qui m’auront montré le chemin… Ces premières personnes à avoir su croire en moi. Dans le flou du souvenir, je revois leurs silhouettes, un regard, un sourire, une main passée sur l’épaule pour me rassurer. Souvent je me demande ce que je serais aujourd’hui si le hasard ne m’avait pas placé sur la route de ces gens… Ou serait-ce le contraire ? Je ne sais pas. Assis là dans le coin d’une salle de cours, je regarde la scène et me fait souvent la remarque que ces échines filamenteuses me font penser à celle d’un ange. Peut-être est-ce cela finalement que l’idée de la spiritualité veut nous démontrer. Paumé, comme tout bon ado qui se doit l’idée de l’auto-torture et de l’âme écorchée, j’avais en tête le songe que le monde ne devait tourner qu’autour de moi, des rêves plein la tête et le corps bien enfui dans son cocon… Les années blessées. Il me sied tellement d’y retourner, pour ne pas oublier qui je suis. Car c’est finalement là que repose la naissance de l’essence même de qui je suis. 

Même si je ne suis rien aujourd’hui, j’ai l’impression que devant ces murs, l’idée de l’existence même n’existait pas. Mais qu’il n’aura fallu pas moins qu’à peine une toute petite poignée de personnes pour modeler la matière brute que j’étais. Des artisans de l’âme qui de leurs mains attentionnées avaient petit à petit, durant quelques années, modelé mon échine et mon être. Lorsque le chaos donnait résonance à tout ce qui m’encourait, c’était là une parenthèse, l’idée d’un endroit où rien ne pouvait m’arriver… Jamais m’y perdre et refermer la porte derrière moi, histoire de pouvoir souffler un peu. De petites niches de couleurs différentes, de parfums aussi qui baignent encore mon souvenir, un peu comme l’aura qui entoure aujourd’hui ces personnes toujours bien présentes au fond de moi. A l’heure où l’on n’écoute pas ses parents, l’âge ingrat et la défiance pour conclusion, c’est là une seconde famille que le destin aura choisie pour nous, histoire de clôturer le paragraphe sur une note de bonheur.

Pas après pas, j’y reviens et me balade, le regard mélancolique, avec une envie tellement forte d’y revenir définitivement. Y replonger et tout oublier de la suite, tellement ces temps là sont aujourd’hui synonyme de quiétude. Ainsi, il m’arrive parfois de poser la main sur un dessin, un cahier, un journal et de revivre la scène. L’analyse d’une toile qui en secret vibrait une histoire qui n’appartenait qu’à moi et me transportait… Des éventuellement en voici, en voilà, qui nous plongeaient dans le rire, tout en nous enseignant des perspectives qui brillent aujourd’hui… Des portes de l’imaginaire qu’on ouvrait pour nous y pousser et ainsi oser ne fût-ce qu’un instant penser qu’un jour nous oserions défier l’avenir. Enfin… Je repense aussi avec fierté à ces instant incompréhensifs qui mettaient au défi toute logique, où ce désordre qu’on nous montrait en temps normal comme étant à fuir, était volontairement installé pour nous pousser à comprendre toute l’importance du regard sur le monde extérieur, dans le geste simple qui repose dans l’ouverture d’un journal. S’il faut aujourd’hui parler de moi, il est certain que la genèse du tout doit démarrer là. L’on m’aura enseigné avec plaisir, l’esprit, la critique, le goût, l’imaginaire, la défiance, la confiance et la vie.

Lorsque je quitte cet endroit, il m’arrive d’y laisser tomber une larme, dans le silence… Un peu comme pour laisser cette part de fragilité en moi que je ne puis montrer au monde réel. Parce que je sais que déposée là, elle est en sécurité, rien ne viendra la ternir, la mutiler ou la dénaturer. Qu’elle repose là, au milieu de toutes ces belles âmes que je n’oublierai sans doute jamais, tant elles font partie de ce que je suis, une partie aussi une partie de moi qui ne sera plus jamais. Cela peut parfois prêter à sourire, mais en moi s’exprime ce besoin. J’y reviendrai… Souvent ! Comme souvent, me vient l’envie de serrer ces fantômes dans mes bras, fort, pour leur dire qu’ils me manquent cruellement, qu’à l’époque tout était si beau et si doux. Que je les aime…

Scylla…

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