Coup de chaleur

Quand la sexualité somnambule…

Si le vieil adage raconte que « la nuit, tous les chats sont gris », il en est certains qui peuvent s’avérer plus chauds que d’autres. Et parmi tous les troubles et autres tourments qui peuvent s’éprendre de nous le temps d’une de ces nuits, la sexomnie en est un qui, s’il peut prêter à sourire au premier abord, risque de poser beaucoup plus de problèmes qu’on ne pourrait le croire.

Non, il ne s’agit ni d’une nouvelle position du Kamasutra, ni d’une nouvelle pratique sexuelle, mais plutôt d’un trouble du sommeil, une pathologie rare encore très peu connu du grand public. Son caractère principal ? Une montée du désir sexuel assez brutal, alors que vous êtes en train de dormir. Inconscient, tel un somnambule, vous allez chercher à tout prix à passer à l’acte, sans en garder aucun souvenir au réveil. De l’exhibitionnisme aux troubles du comportement involontaires et inconscients : érection, masturbation frénétique, mouvements du bassin et gémissements explicites, pénétration, coït en bonne et due forme…  Et si l’acte en soi peut s’avérer plutôt excitant, voir aphrodisiaque, il peut aussi finir de façon tout à fait dramatique, la situation dérapant sans contrôle ou faisant vivre un parfait cauchemar à votre partenaire sexuel ou une autre personne dormant dans le même endroit que la personne atteinte de cette pathologie.

Une nuit, Mathilde se réveille sous le poids du corps de Sébastien, complètement dénudé et assis sur elle et lui caresse les seins. Très vite, le couple passe à l’acte de façon plutôt passionnée, osant s’aventurer à des gestes jamais évoqués jusque cette nuit là. Une fois le coït terminé, Sébastien se rendort aussitôt. Le lendemain, toujours sous l’effet de surprise et du plaisir de ces caresses nouvelles pour le jeune couple, Mathilde évoque cette nuit sulfureuse, sous les rires du jeune homme pensant qu’elle plaisante. Elle se dit alors qu’il n’assume pas le côté légèrement sauvage de son compagnon, pendant l’acte. C’est lors de la nuit suivante, la situation recommençant, qu’elle se rend alors compte que Sébastien n’est absolument pas conscient de ce qu’il fait, alors qu’il est en train de l’étrangler, alors même que l’acte en est à son apogée.

Le cas ici évoqué fait-il de Sébastien un obsédé ou un pervers sexuel ? Absolument pas, il est juste atteint de sexomnie ! Comme un parfait somnambule, le sexomniaque, comprenez la personne atteinte par ce trouble nocturne, dispose d’une forme de conscience onirique, la confusion étant particulièrement développée sous l’effet de drogues ou d’alcool. Si la plupart du temps l’acte involontaire peut se limiter à la manifestation de légers gestes ou gémissements, de la même façon que notre corps peut manifester des mouvements en plein rêve, dans les cas les plus extrêmes, soit 8% des personnes touchées par des troubles du sommeil si l’on en croit une étude canadienne réalisée en 2010 auprès de patients dans ce cas, l’acte peut basculer brusquement à une relation sexuelle totale. Le sujet n’en demeure pas moins un tabou dans le couple, celui-ci provoquant une gêne ou un malaise des personnes atteintes par ce trouble, ou l’inquiétude du ou de la partenaire, ne sachant pas jusqu’où la situation involontaire pourra basculer. 

Bien entendu, la sexomnie n’a absolument aucun rapport avec l’acte sexuel au beau milieu de la nuit, qui serait tout à fait volontaire… Pas d’inquiétude à avoir donc si votre partenaire vous réveille de caresses la nuit prochaine, tant que le lendemain il se souvient de la chose. Dans le cas contraire, la réalité en est bien là, les troubles nocturnes du sommeil ont jeté leur dévolu sur la personne « out of control ». Ce trouble du sommeil qui n’est réellement reconnu que depuis une vingtaine d’années seulement, peut pousser la personne à oser des tests ou des phantasmes profondément enfouis en lui/elle, tout comme il peut aussi le pousser à avoir un acte avec une personne qu’il n’approcherait absolument pas en parfait état de conscience. Un peu à l’image de Frédéric, un jeune père de 32 ans, qui avait défrayé la chronique, il y a quelques années en Belgique. Celui-ci s’était, en effet, retrouvé accroupi au dessus de sa fillette de 4 ans, lui enfonçant son sexe dans la bouche. Il avait alors été réveillé par les cris de la gamine, criant à son père qu’il «  se trompait de personne ». S’en suivit une procédure pour « tentative de viol sur mineur », ainsi qu’au moins deux vies brisées… L’homme avait finalement été acquitté, le trouble ayant été prouvé par des professionnels de la médecine.

Loin d’être régulières, ces phases peuvent se manifester régulièrement, comme de façon tout à fait disparate… Les personnes atteintes de ce trouble pouvant donc vivre un moment sans se rendre compte du problème et avoir conscience qu’ils sont atteints de sexomnie. Dans le cas d’un couple parfaitement consentant, la situation peut ne pas du tout se révéler gênante, voir devenir avantageuse, la barrière de la gêne n’existant pas… Des gestes, caresses ou positions encore jamais osées par le couple pouvant dès lors être pratiquées. Par contre, dans le cas contraire, le drame peut se révéler tout à fait catastrophique. Et si les chiffres d’une étude tout à fait officielle nous parlent de trois fois plus de femmes que d’hommes atteints par ce trouble, elle révèle aussi que ces chiffres sont sans doute très sous-estimés, les personnes sensibles à ces perturbations nocturnes ayant souvent honte de  consulter. 

Alors, vous voyez… Lorsque l’autre nous disait « La nuit est noire et pleine de terreur », ne savait-elle pas finalement de quoi elle parlait ?

Scylla…
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Crédit photo :

Cover – Roman KHRIPKOV

Statue – Craig BIRRELL

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