Jusque là tout va...

Que reste-t-il de nos idéaux…

La justice… On la veut synonyme de vertu, porteuse de valeurs, toujours prête à défendre la veuve et l’orphelin. Du moins dans l’absolu, car s’il est question ici de justesse, celle-ci se doit d’être avant tout « pour tout le monde » et « unique », quitte à ce que celle-ci ne nous apporte pas toujours les échos que nous souhaitons entendre ! Non sans bien y avoir réfléchi, je vais vous livrer ici mon avis sur une question de société, délicate, qui ne me fera sans doute pas que des amis… Mais l’esprit critique ne nous mêne-t-il pas parfois sur des charbons ardents ?

J’aimerais avant toute chose énoncer clairement que cet article exprime avant tout un avis personnel qui n’engage que moi, avec lequel on peut être ou ne pas être en accord, chacun ayant le droit au libre arbitre. Que je fais ici l’analyse d’une question qui fait actuellement débat au sein de notre société, que je comprends la « douleur » d’une société choquée par un crime qui a heurté plusieurs générations. Cet avis est donc à lire avec un regard aguerri, objectif et libre de toute partialité. Il sera loisible à chacun de penser que le sujet de cet article ne correspond pas à la « ligne éditoriale » que je veux prêter à #thestormiscoming. Et pourtant… N’ais-je pas permis à ce média de voir le jour pour exprimer mes réflexions les plus profondes? Cet article en étant finalement le parfait exemple.

De quoi nous parle l’actualité aujourd’hui ? Celle-ci met en avant un sujet hautement sulfureux, à travers la demande de remise en libérté de Marc Dutroux, via le biais de son avocat. Pour rappel, l’intéressé à été condamné à perpétuité en 2004, pour des faits d’enlèvements, séquestrations, viols avec torture, entre 1995 et 1996, de six fillettes et adolescentes belges, ainsi que l’assassinat de quatre d’entre elles. Le décor glacial est ainsi posé, les débats peuvent commencer ! Cette demande de mise en liberté du condamné n’est pas nouvelle, elle date, sauf erreur de ma part, de février 2013. Alors vous me direz « quoi de nouveau ? ». Pourquoi cette actualité revient hanter et effrayer la chronique près de cinq ans plus tard ? Rien ou presque rien finalement… Un avocat qui publierait un livre intitulé « Pour un humanisme pénal ». Ne devrait-il pas l’être à défaut j’ai envie de dire… Mais tel semble être la question en 2018. D’où ma déception… D’où ma frustration… D’où cet article peut-être ! Deux clans s’affrontent : d’un coté une société qui peut difficilement accepter que cette sollicitation soit entendue comme « recevable » aux yeux de la loi… De l’autre, une presse boulimique d’un feu qu’il est toujours intéressant de raviver, tant le sujet est finalement « vendeur ». Depuis quelques jours donc, le sujet est relancé, les médias « populaires » tels que Facebook permettant à tout un chacun d’y aller de son petit commentaire. Mais cette demande de la part de l’avocat du condamné est-elle réellement si irrecevable que cela ?

Parmi tous les commentaires scandalisés des internautes, j’ai pu en lire beaucoup traduisant leur incompréhension face au fait qu’un « monstre » comme Dutroux puisse être défendu. Morceaux choisis : « Honte à cet avocat », « il devrait lui aussi être condamné pour oser le défendre », « on ne devrait pas autoriser de telles demandes pour les gens de son espèce »… Ces mots sont d’une violence extrême, agressivité même qui traduit la douleur d’une société qui a été choquée par les faits dont l’accusé s’est rendu coupable il y a quelques années. Dutroux a commis des actes atroces, c’est irréfutable et loin de moi l’idée de minimiser cela. Ceci étant, la justice des hommes n’est pas celle des dieux. Elle se doit d’être unique et applicable pour tout un chacun, de la même façon, sans exception. Dutroux, aussi atroce que ses actes puissent avoir été, est tout à fait en droit d’être défendu… C’est sans doute très douloureux à lire, mais c’est cela la « Justice ». Celle-ci est un principe philosophique, juridique et moral, qui permet à chacun d’entre nous, coupable ou non d’avoir droit à une défense face à la société et face au jugement. Nous le savons tous, les prisons sont remplies d’innocents… Des gens « condamnés par erreur », qu’on nous annonce de temps à autre « remis en liberté », parce que les technologies ont évolué et remettent en cause des jugements basés sur des preuves aujourd’hui parfois contestables. Alors, ok… Encore une fois, loin de moi l’idée qu’un jour la défense de Dutroux puisse revendiquer cela. L’argument que je veux évoquer à travers cet exemple repose dans le fait que demain, le « hasard » peut frapper à votre porte et vous placer « par erreur » coupable d’un fait qui vous sera reproché. La Justice étant humaine, donc par définition imparfaite et donc avec une marge d’erreur « possible ». Ca aussi c’est difficile à lire… Autant qu’elle l’est à écrire, croyez-moi, et pourtant… Partant de ce principe, si l’on interdit à Dutroux d’être défendu, pourquoi nous et pas lui ?

A la question posée précédemment, beaucoup d’entre vous me rétorqueront qu’il y a une tranchée entre les faits de l’intéressé et ceux qui pourraient par erreur nous être reprochés demain… A cela je répondrai « ou pas ». Les cas de légitime défense par exemple. Combien de personnes ont-elles tué un cambrioleur dans ce qu’elles pensaient être de la « légitime défense », alors que cette personne n’était pas armée ? Combien de cambrioleurs ou de braqueurs le sont par « faute de moyens » ? Du regard des accusés, la peur expliquera le geste comme état « légitime ». De celui de la famille du dit cambrioleur, douleur aidant, l’acte sera jugé comme démesuré et atroce. On y est… Et pourtant, il sera légitime d’être défendu, dans les deux cas. Une tranchée me dites-vous ? On pensera à la mère qui vole de la nourriture pour nourrir ses enfants… Qu’en est-il de son jugement a elle ? Certains seront attendris par le but final, d’autres lui trouveront toutes les responsabilités du monde. Certains crimes nécessiteraient donc qu’on puisse être défendu, d’autres non ? Dans ce cas, qu’on me montre, qu’on m’explique où est la limite, cette ligne tracée qui fait qu’une fois passée, on n’est plus digne d’être défendu. Jusqu’à preuve du contraire, nous ne sommes que des hommes… Interdir à un accusé, quel qu’il soit, d’être défendu, n’est-il pas fondamentalement injuste ? Et dans ce cas, la justice est-elle finalement réellement posée de façon « juste » ? Le fait de condamner un Dutroux, sans que celui-ci ai pu être conseillé par un avocat ne nous ramènerait-il pas au même rang que lui finalement ? Un jugement aussi barbare que les actes commis par l’accusé ? Dans ce cas, que reste-t-il de nos idéaux ? Que l’avocat dont il est ici question publie un livre… Ma foi, chacun aura droit à avoir son avis sur la question. Personnellement, je ne me prononcerai pas. Pas avant d’avoir lu le livre en question en tout cas. Tant que cela n’est pas fait, n’ayant pas connaissance de ses propos, je ne me permettrai pas d’en juger de façon prématurée. Et puis quelle est la différence entre un avocat qui publie un livre et une presse qui sur-médiatise un « monstre » jusque dans l’absurdité de ses caprices ? Dans tous les cas, selon moi, « oui » Marc Dutroux a droit à être défendu et donc par définition la défense en question puisse avoir recours à ce qui est prévu par la loi, à savoir, entre autres, à pouvoir demander une mise en liberté. D’un point de vue humain, c’est difficile à entendre autant qu’à concevoir, d’un point de vue moral si la loi le prévoit pour l’un, elle le prévoit pour l’autre !

Mais finalement, ce débat qui se veut sulfureux ne joue-t-il pas le jeu du premier intéressé ? Car celui-ci étant condamné à perpétuité, il devrait (attention il est ici matière d’images à prendre au second degré) « moisir au fond d’un cachot », noyant son existence aux yeux de la société au rang du « mauvais souvenir », celui dont on se sert pour grandit, évoluer et ne plus permettre les mêmes erreurs. Et pourtant, depuis sa condamnation, le coupable a plutôt tendance à faire le pitre, n’autorisant pas qu’on l’oublie et qu’on ne parle plus de lui. Ce n’est pas faute d’avoir été prévenus par les experts qui ont expliqué à la société, pendant son jugement, que celui-ci était hautement pervers et que l’attention portée sur sa personne ne faisait que lui accorder de l’importance. Personne ne s’est finalement posé la question du « qui est son meilleur allié » dans cette quête ? N’oublions pas que la société est particulièrement friande de drames… A l’image de tous ces curieux, smartphones en main, qui se regroupent en masse autour d’une scène d’accident. On sait la presse toujours prête à couvrir encore et encore les déboires de Dutroux. Mais si cette presse est lue, achetée, consommée (consummée ?), n’est-ce pas avant tout de notre faute ? Dutroux ne veut pas être relayé au rang de l’oubli… Qu’en est-il de nous ? Sommes nous réellement prêts à ne plus être spectateurs de ses frasques ? Apparemment non !

Avant de clôturer cet article au sujet hautement « délicat », je me ferai peut-être l’avocat du diable… Cela aussi risque de ne pas plaire. Mais si la presse, si chacun d’entre nous, consommateur a une responsabilité et un rôle à jouer dans le cirque un peu absurde, qu’en est-il de certains parents des victimes qui ont prit l’habitude de s’exprimer à travers les médias, après les avoir rejetés en masse, se prétendant maintenant « porteur d’un étendard » dans ce qu’il appelle lui-même une « guerre” ? Si dernièrement le débat sur la question d’une libération, ou non, de Dutroux, sur lé coté juste, ou non, que celui-ci soit défendu, n’est-ce pas aussi du au fait que Jean-Denis Lejeune , père de Julie, ait décidé de relancer la polémique ? Personnellement, la publication du livre de Maître Dayet n’avait pas trouvé écho dans mon paysage, avant cela. On nous expliquerait aujourd’hui qu’une avocate américaine qu’on nous annonce comme « reconnue » apporterait son « soutien » à la cause en s’exprimant à ce sujet « Marc Dutroux est un danger pour la société ! ». J’ai envie d’écrire « merci Madame, de nous éclairer de vos lumières, nous n’étions presque pas au courant… ». Une question vient me titiller à ce sujet: « Les Etats-Unis sont-ils réellement un modèle de vertu dont nous devrions nous inspirer ? », parce que, sauf erreur de ma part, je crois qu’il y a bien assez à débattre à ces heures, de leur coté de la planète… Ne devraient-ils pas parler du cadre de la mise en vente des armes par exemple ?! Pour en revenir à Jean-Denis Lejeune… Je me dois de rester sur la réserve, car je suis loin d’avoir connu la douleur qu’il a connue. Je me dois d’avoir le plus grand respect face à cela… Mais ce respect ne m’empêche pas de me poser des questions sur la démarche. Je ne la comprends pas… Qu’il se batte contre une pseudo-libération de Dutroux, ça je peux le comprendre. Mais jouer le jeu des médias à travers cette façon de faire, je peux difficilement le cautionner. Publier une lettre à sa fille défunte, sur les réseaux sociaux, dans les médias… Moi, cela me met profondément mal à l’aise. On m’expliquera sans doute qu’il est perdu dans sa douleur et qu’il veut se faire entendre contre la demande de libération dont il est question ici. Je me souviens m’être posé des questions lorsqu’il a rejoint un parti politique il y a quelques années… Ok… Je ne sais pas… J’ai du mal avec cela. Et vous le savez, j’ai pris pour habitude d’écrire ici en toute impudeur, vous livrant sans masque mes états d’âme. Face à cette question, je suis dépourvu de réponse !

Alors voilà, au moment de clôturer, Il faut savoir choisir les mots. Certains auront peut-être été choqués de m’avoir lu « défenseur” de ce qu’ils trouvent « indéfendable”. A ceux-là je ne répondrai que je ne suis qu’un homme qui veut, de façon sans doute un peu utopique, d’un monde un peu plus « juste » pour demain. D’autres auront peut-être lu jusqu’au bout, l’esprit ouvert et me rejoindront dans ce qui n’est finalement qu’une réflexion à maux ouverts. A ceux-là je dirai simplement « merci », pas de me rejoindre, mais je m’avoir lu, tout simplement. Au final, je n’ai pas pour vocation de sauver des vies… Juste de me livrer à vous, de m’exprimer tantôt à tort, tantôt à raison. Dans tous les cas, je resterai ouvert au dialogue et à l’échange, que ce soit en face à face ou par écrit.

Il y a quelques jours, je ne savais pas commet réagir face à ce « débat » qui déchaîne les passions. J’ai donc réfléchi, je me suis souvenu de cet enseignement, de cet éveil qui m’a été apporté par un de mes professeurs, il y a quelques années, qui doit sans doute lire ces mots. Il m’a enseigné le sens critique, la réflexion, le sens de l’analyse autant que l’humanité. Avant d’écrire cet article, j’ai ressenti ce besoin que de lui exposer mon point de vue, un peu comme pour vérifier que j’étais toujours sur cette ligne de conduite que je trouve belle et d’où je ne veux pas m’écarter. #thestormiscoming est aujourd’hui mon porte parole, le seul média où je me permets de m’exprimer sans porter de masque. Cela peut plaire ou pas, porter à sourire ou à la critique… Peu importe. J’avais envie de vous livrer ici ce que je pense au sujet de ce sujet qui nous atteint tous, loin des réseaux sociaux et de leur ultra-violence qui nous inonde jour après jour. N’oublions jamais que nous ne sommes que des hommes, pas plus, ni moins ! Cela en dit long…

Merci pour votre lecture…

Scylla Pierce

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