Les yeux ouverts

Question de symphonies et de légendes…

S’attacher à adapter la vie d’un artiste tel que Freddy Mercury, au grand écran, n’est pas chose aisée… Souvent, les intentions du genre, ne donnent naissance qu’à de longs films interminables et ennuyeux au possible. En allant voir Bohemian Rhapsody, l’enthousiasme et la perplexité m’accompagnaient… Je n’ai pas été déçu. J’ai toutefois noté que Bryan Singer ne sait finalement faire que du Bryan Singer !

Freddy Mercury, c’est Queen… Et Queen, c’est la musique, la vraie !!! Un de ces airs qui des années plus tard, vous transporte encore littéralement et que tout le monde, toutes générations confondues, connaît ! De par ce principe, mettre en image la vie de ce groupe, à travers celle de son chanteur était un pari plus qu’osé, c’ était dangereux. Car si on veut réellement être honnête, l’exercice se transforme très souvent en flop total et ennuyeux, n’intéressant finalement que les fans. Car une fois passées les minutes interminables racontant l’enfance, puis l’adolescence de la personne racontée, on se rend compte qu’on n’en est absolument nulle part mais qu’on aurait pu traverser le pays ! Bohemian Rhapsody n’est pas à placer sur cette liste, car la ligne temporelle y est parfaitement juste et régulière. Bryan Singer, le réalisateur, raconte la vie de Freddy Mercury, à travers celle de Queen, sans tomber dans le « trop ».

Du début à la fin du film, vous bougez… Vous vous remuez… Vous connaissez par coeur les chansons, à en regretter le groupe tel qu’il était du temps où son chanteur était en vie. Des regrets, à coup sûr… Car qui, quel groupe a encore, de nos jours, un tel pouvoir que de pouvoir créer et rassembler autant de masses ? Personne ! Et cela, le film le démontre parfaitement. Les musiques de Queen sont intemporelles, elles sont une vague colorée qui entraîne tout et tout le monde avec elles, car il faut oser l’avouer, Queen, le comment il était monté, le comment il était réfléchi, le comment il existait, le comment il éblouissait, l’essence même du groupe relève du génie ! Et cela, encore une fois, qui peut s’en venter de nos jours ? Personne !

Seule ombre au tableau… L’ombre justement ! Le film raconte la vie de Freddy Mercury à travers celle du groupe. Le personnage est sulfureux à souhait et parfaitement illustré dans son extravagance la plus folle, tout comme dans sa solitude meurtrie. Par contre, le film est pensé pour le « grand public », il survole la sexualité de l’artiste, évoque ou suggère ses excès, il romance ses tortures. Alors il est bien entendu évident que le film n’a pas pour but de démonter aux yeux du grand public la carrière d’un artiste aussi talentueux… Rappellons qu’à l’époque, le « Grand public » dont il est question n’avais jamais perçu l’ambivalence d’un groupe comme les « Village People », pensant qu’il s’agissait d’un Boyz band tout ce qu’il y a de plus classique, à la seule différence que ses chanteurs étaient « déguisés », ne percevant pas le coté homo-sexualisé de la chose. Mais Freddy Mercury c’était aussi ce personne extravagant et extrême jusque dans l’ombre. Il est donc dommage que Singer se limite, dans un film tellement efficace, à lisser les maux de l’artiste… Mais n’est-ce pas la griffe du réalisateur : faire des films grand public, qui plairont au grand public ! Toutefois, on ne peut qu’applaudir la superbe performance de l’acteur Rami Malek qui, dans son interprétation, compense les failles du réalisateur.

Et puis, pour terminer, il y a l’autre ombre, celle qu’on sait qu’elle arrivera pour faire tomber le rideau : le Sida ! Et si Singer se contente de lisser l’esprit torturé de l’artiste, il a par contre pris le soin de transcrire littéralement la douleur profonde, la peur absolue qui a recouvert le monde pendant cette période. Il montre la maladie telle qu’elle était à ses débuts. Il explique les tranchées creusées entre le « malade » et la crainte de celui qui ne l’était pas d’être contaminé. Si Bohemian Rhapsody est efficace à souhait, c’est aussi pour cela.

Je ne peux donc que vous encourager à voir ce film qui, selon moi, frôle la perfection. N’oublions pas qu’il ne s’agit pas ici d’un film qui raconte la vie d’un simple artiste, l’existence d’un simple groupe, il s’agit ici d’un film qui raconte l’existence d’une légende qui ne s’éteindra jamais ! THE SHOW MUST GO ON…

Scylla PIERCE

LIENS :

BOHEMIAN RHAPSODY

2018 ‧ Drame/Biographie ‧ 2h 13m
Première sortie : 24 octobre 2018 (Royaume-Uni)
Réalisateur : Bryan Singer
Bande originale : John Ottman
Producteurs : Bryan Singer, Robert De Niro, Graham King, Jim Beach

Casting :Rami Malek
(Freddie Mercury)
Ben Hardy (Roger Taylor)
Mike Myers (Ray Foster)
Joseph Mazzello (John Deacon)
Gwilym Lee (Brian May)
Lucy Boynton (Mary Austin)

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