Show me The Storm

Renaître, revenir à l’essence même…

Il n’est pas toujours aisé de donner vie à une idée… Mais la vie n’est pas éternelle, une tour, si haute qu’elle puisse être, ne tient pas debout toute seule, elle rencontre les vents, elles rencontre les guerres, et puis parfois s’effondrer ! Il est donc nécessaire, de temps à autres, de revoir ses fondations, d’aller jeter un oeil sur le « comment elle fonctionne », puis dans certains cas, abattre des murs, pour laisser l’air frais entrer !

J’entends l’impatience, l’excitation et l’exaltation… Je me dois de rester calme, sur terre, les yeux ouverts ! Reprendre un concept qui ne nous appartient pas n’est pas toujours une chose aisée. La septième édition du salon « The Storm – International Tattoo Convention » se dessine à l’horizon, mais on attend de nous beaucoup. La nouvelle équipe de Direction de The Storm, dès sa mise en place, s’est posée et a pris le temps de faire une chose essentielle : écouter ! Les avis étaient intéressants, pas toujours objectifs, pas toujours nécessaires, parfois orientés ou intéressés… Mais force est de constater qu’il y avait une richesse à y dénicher. Après l’écoute, fut le temps de l’analyse. Nous avions des constats en main, il fallait en faire quelque chose, mais comment ? Dans quel sens ? Et pourquoi ? Pour terminer vient le temps des décisions. Il faut savoir trancher, pas comme ça, par plaisir, mais sur le fondement de tout ce qui a précédé. Le mot « reborn » fut évoqué.

« Reborn » ou « renaissance », succèder à une « mort », une fin… Une tour qui s’effondre. Parfois on les construit très hautes, pour qu’une fois monté tout en haut, « le monde » nous remarque. Mais on oublie que plus les tours sont hautes, plus les chutes n’en sont que vertigineuses. Une fois au sol, ne reste plus rien de nous… Le monde nous oublie vite, une page est facilement tournée ! Aujourd’hui, Europe en 2018, les studios de tatouages poussent comme des champignons… On devient tatoueur, parce que c’est « hype », « tendance » et que « c’est cool ». Sauf qu’on en oublie l’essentiel, qui est le savoir faire, le talent nécessaire à cet artisanat. Parallèlement les « tattoo convention » suivent le même mouvement. Alors qu’il y a dix ans, elles se créaient parfois contre les courants, pour un public restreint à ses initiés, elles deviennent elles aussi « tendance » et sortent de terre telles de vraies industries à « faire du fric ». C’est ainsi qu’on se retrouve sur des salles de villages dont le nom est méconnu de tout le monde, entre deux barrières Herras dont l’usage premier est de délimiter les chantiers, à piquer alors qu’on a à peine le temps d’apprendre à tenir un Dermographe correctement. C’est tendance… Aujourd’hui, on s’improvise à organiser une tattoo convention alors qu’on n’a aucun tattoo et qu’on n’a parfois même jamais poussé la porte d’un studio de tatouage, avec tout le désastre que cela sous-entend : Non connaissance respect des notions d’hygiènes en tête, absence totale de recherche, de créativité, de qualité. L’événement dont l’essence est de « montrer » qu’un tatoueur, un tatoué n’est pas un marginal, devient une « foire aux monstres » enfonçant les clichés un peu plus profondément dans la tête d’un public en quête de « comment passer le temps». Mais quelle est la suite de l’histoire ? Elle est simple… La tour s’effondre ! Et l’effondrement n’est pas prévu pour demain, il est déjà en marche. Au détriment de toute grande et belle structure professionnelle, obligée de constater les effets de la chute sur leur chiffre d’affaire. Face à cette situation, une seule et unique chose reste à faire, pour « survivre à la tempête » : se démarquer !

C’est sur ce ton, que j’ai tenu en « chef d’orchestre » à construire la septième édition saison du salon « The Storm – International Tattoo Convention ». On prend les vieux codes poussiéreux, les trucs qu’on voit partout et qui sont reproduits encore et encore pour finir par en être complètement dénaturés, et on les remplace. Se démarquer, c’est être différent, faire les choses différemment, pas en accord avec tout le monde, mais être là où on ne nous attend pas ! Souvent, je me mets à la place de mes visiteurs… Acteurs essentiels au bon fonctionnement de nos événements. Ça aussi on l’oublie assez facilement. Et je regarde les choses avec leur regard… Alors qu’il y a parfois deux ou trois tattoo convention le même week-end, dans un même pays, quel est le but de visiter un événement qui propose ce qu’on a déjà vu le week-end passé et qu’on verra encore le week-end prochain ? Cela n’engage que moi, mais je n’en trouve pas. On peut suivre des artistes qu’on affectionne, mais il faut avouer qu’il s’agit d’une minorité de notre public. Alors il faut innover… Proposer un spectacle différent. Bousculer les codes, au risque de décevoir, de ne pas plaire, de ne pas trouver écho. Prendre le risque d’oser prendre des risques ! Attention je ne veux pas d’amalgame, je respecte le travail de tout un chacun, je choisis juste de faire différemment. Certains trouveront que ce n’est pas mon rôle de proposer quelque chose d’autre… On sait que la nouveauté peut faire peur. Mais sur les deux éditions à venir, beaucoup de changements s’annoncent à tous les niveaux.

Un thème a dès lors été choisi… Mais pas un thème pour habiller l’événement, un thème pour reconstruire. Revenir à l’essence même des choses… Le salon se développera donc cette année sur un seul et unique hall, non plus deux. Un hall accueillant moins d’artistes, pour un événement mieux maitrisé, « sous contrôle » même si ce n’est pas un très joli mot. Un hall dont la configuration a été complètement repensée pour pouvoir mieux agir, véhiculer, travailler. Mon équipe et moi-même avons vu tout ce qui n’allait pas avant de revoir tout ce qui allait. Et ainsi remonter un événement de qualité, préférant cela à la quantité. Et puis la sélection… Celle des artistes, celles des exposants. Il n’est pas utile de proposer 600 artistes au Luxembourg, ou 25 stands de t-shirts, cela n’aura pour effet que de diviser le chiffre d’affaires d’exposants qui ne reviendront plus. Préférer la diversité de produits, proposer des alternatives. Pour ne plus travailler uniquement que sur invitations pour l’édition 2019, dont le thème lui aussi est déjà posé, mais encore secret.

Un événement plus « accessible » à tout un chacun. Beaucoup de visiteurs passent les portes de l’événement, curieux ou initiés, sans avoir prévu de se faire tatouer. Talent des artistes présents oblige, les coups de cœur sont au rendez-vous, mais non disponibilité dans l’agenda de l’artiste le même jour, fait qu’il fallait revenir, repayer un ticket d’entrée… Cela additionné aux frais de déplacement, au prix du parking, aux consommations, aux produits de soins. Nous avons donc fait ce choix que de définitivement enterrer ce vieux concept de « Day » ou « Week end Pass », pour lui préférer un concept «d’Event Pass » un ticket au prix de celui d’une journée, mais donnant accès à l’ensemble de l’événement. Cela a été applaudi en octobre dernier, nous l’avons entendu et en sommes heureux.

Et puis de l’humanité… Une machine est froide, sans âme et sans coeur. Nous avons voulu construire sur des bases différentes, plus « humaines », plus « imparfaites ». Ce concept a été testé lors de la première édition du salon « The Storm – Ladies Tattoo Convention », ce pari un peu osé, qui a dérangé, faute de ne pas nous mettre des battons dans les roues. Le résultat n’en a été que plus beau : une ambiance parfaite, pas un mécontent, pas un seul bug. Et au final, quoi de plus humain que le partage ?! Dans cette notion, nous souhaitons renouveler nos engagements de valeurs, de qualité et d’humanité en mettant en avant cette fois le travail de l’association luxembourgeoise Stemm vun der Stross, à qui une partie des recettes de l’événement sera rétribuée. Nous organiserons notamment une collecte de vivres et de vêtements.

Enfin, et pour terminer… Ne jamais perdre de vue que les acquis n’existent pas, fort heureusement ! Que rien n’est définitif, rien ne se grave définitivement dans le temps… Tout reste en mouvement. La remise en question se veut donc nécessaire, y compris pour nous. Le fait d’être là, n’est pas dû au hasard, celui-ci n’existant pas. Chaque membre de mon équipe le sait, pour faire ce métier il est nécessaire de le faire en s’éclatant. A partir du moment où l’un d’entre nous ne s’éclate pas plus, la structure me fonctionne plus comme elle devrait. Moi le premier, lorsque je ne m’amuserai plus à organiser ces événements, il sera temps pour moi de laisser la place à quelqu’un qui saura mieux faire les choses que moi. Mais pour l’heure « the show must go one »…

Scylla Pierce

LIENS :

Site de l’événement : www.thestorm.lu

Billetterie de l’événement : Cliquez ici !

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